
Épisode 9
Les épis ont des yeux
La semaine dernière: Pour chasser l'ennui qui règne dans le minibus se dirigeant vers dieu, le prêtre décide de lire aux passagers quelques extraits du Livre, où l'on découvre les origines nébuleuses du fils de dieu. Puis le minibus s'arrête subitement devant un champ de maïs.
Rëal. 40 ans, 1 mètre 80, robe blanche, cheveux bruns. Il aime les ovnis, les clones et les orgies. Si vous voulez voter pour Rëal, faites le 1.
Il sort du minibus, prend une bouffée d'air; il inspire en même temps un étrange composé odorifique de maïs frais, de vieille asphalte, de maïs séché, de traces de pneus et d'engrais naturel.
"Terminus! Nous y voici enfin: préparez-vous à rencontrer dieu!", chantonne-t-il en claquant des mains. Puis il se dirige près du champ de maïs, faisant signe aux autres de le suivre.
Le prêtre. 63 ans, toutes ses dents, jamais sorti l'hiver. Il adore dieu, lit le Livre et répand la bonne nouvelle comme la mauvaise. Pour voter, faites le 2.
Le prêtre: "Nous allons enfin savoir si vous êtes un usurpateur, un charlatan ou simplement un imbécile!"
Rëal: "Peu importe ce qui arrivera, cher prêtre, on pourra dire la même chose de vous, n'est-ce pas?"
Le prêtre: "Pas du tout! Sachez que si je suis ici, c'est pour prouver que vous n'êtes qu'une vermine! Et il n'y a point de doute: j'ai raison."
Rëal: "Au contraire, il est clair que c'est moi qui ai raison, et vous qui avez tort!"
Le prêtre: "Croyez ce que vous voulez, mais en vérité, je vous le dis, vous êtes un sacré menteur."
Rëal: "Si je suis un menteur, je le suis depuis bien moins longtemps que vous et votre religion clinquante!"
Varda. 29 ans, lèvres rouges, faux ongles, silicone. Elle aime peu de choses, mais elle tape presque cent mots à la minute. Elle est aussi connue, à certains endroits, sous les noms suivants: Parda Peralda, Sarah Sahara, Paprika et Gertrude Gainey. Faites le 3.
Elle descend en vitesse du minibus et court se blottir près de Rëal.
Le baryton. 64 ans, noeud papillon, bretelles, chaussures cirées. Il aime bien le latin, le chant grégorien et les plaisirs de la vie. Il est encore en très bon état, ayant appartenu à un prêtre. Faites le 4.
Il descend en vitesse du minibus et court se blottir près de Varda.
Varda: "Me laisserez-vous seule, à la fin?"
Le baryton: "Chère Varda, je suis sincèrement désolé. Mea culpa!"
Varda: "Méa-coulpez tant que vous voudrez, rien n'y fera."
Le baryton: "Je ne voulais pas vous offenser."
Varda: "Et pourtant vous l'avez fait."
Le baryton: "Mais je ne voulais pas."
Varda: "Mais vous l'avez fait."
Le baryton: "Je ne voulais pas, dis-je!"
Varda: "Vous l'avez fait, répond-je!"
Le baryton: "Je ne voulais pas, réitère-je!"
Varda: "Vous l'avez fait, rétorque-je!"
Le baryton: "Dois-je vraiment me répéter encore, demande-je?"
Varda: "Ça ne vaut pas la peine, conclue-je!"
Le baryton: "Ne concluez pas, implore-je!"
Varda: "Je concluerai si cela me chante, reconclue-je!"
Le baryton: "Non, plaide-je!"
Varda: "Je vous ai assez entendu, renchéris-je!"
Le baryton: "S'il-vous-plaît, m'obstine-je!"
Rëal s'interpose entre Varda et le baryton.
Rëal: "Cessez cela, interjecte-je! Vous allez faire peur à dieu, si vous continuez... continue-je!"
Le prêtre: "Quoi, vous dites que dieu connaît la peur, m'esclaffe-je?"
Rëal: "Certainement, confirme-je!"
Patrick Pwayzie. 51 ans, grisonnant et ratatiné. A déjà dansé lascivement, fait de la poterie, et quoi encore. Meilleur avant la date d'expiration. Faites le 5.
Patrick Pwayzie: "Dieu vit dans un champ de maïs?"
Rëal: "On ne peut rien vous cacher. Ici, les épis ont des yeux."
Jon. 24 ans, mi-figue, mi-raisin, mi-homme, mi-plastique. Aime les affaires, l'argent et le bonheur. Présentement loin de son travail, pauvre et malheureux. Si vous voulez voter pour lui, allez vous faire voir.
Jon: "Bon, où est-il, ce foutu dieu? J'ai, vous le savez, quelques questions à lui poser."
Rëal: "Suivez-moi tous, et je vous y mènerai."
Rëal se fraie un chemin à travers le champ de maïs; les autres, n'ayant rien de mieux à faire, le suivent. Après avoir marché quelques kilomètres et mangé quelques épis de maïs, les convives arrivent dans une étrange clairière de forme circulaire.
Varda: "Qu'est-ce que c'est que cela?"
Jon: "C'est un cercle, pauvre idiote! Vous ne connaissez pas la géométrie?"
Patrick Pwayzie: "Oui, mais qu'est-ce qu'un cercle peut bien faire au milieu d'un champ de maïs?"
Jon: "Je n'en sais foutrement rien; tout ce que je sais, c'est que j'ai mal à la jambe!"
Varda: "Mais votre jambe n'est-elle pas en plastique?"
Jon: "Et votre putain de cerveau, lui, est-il en pâte à modeler? Je parlais de l'autre jambe, connasse!"
Le baryton: "Cessez d'insulter cette charmante dame!"
Varda: "Ne vous mêlez pas de cette histoire, vieux pervers!"
Patrick Pwayzie: "Vieux pervers?"
Le baryton: "Ne l'écoutez pas, elle baratine."
Varda: "Baratineur vous-même! C'est vous qui m'avez baratiné!"
Jon: "Bande de tarés! Le temps c'est de l'argent, et l'argent c'est du temps! Et nous n'avons ni l'un, ni l'autre! Alors cessez votre baratin, et qu'on en finisse! Où est dieu? Est-il ici? S'il n'est pas ici, qu'attendons-nous, triple bordel de bordel?"
Tous se tournent vers Rëal.
Rëal: "Dieu devrait être ici. Ce cercle est la trace qu'a laissée la soucoupe volante dans laquelle il habite."
Jon: "Pourquoi n'y est-il pas?"
Rëal: "Vous lui avez fait peur, tous autant que vous êtes, avec votre baratin!"
Patrick Pwayzie: "Et que fait-on, maintenant?"
Le prêtre: "Allons-nous en! Cet inculte vous fait marcher, cela est évident!"
Jon: "Nous n'avons pas fait ce voyage en avion, enduré ce périple en minibus, marché ces kilomètres à pied et mangé ces épis de maïs pour rien! S'il est parti, nous devons attendre que dieu revienne!"
Rëal: "Voilà de sages paroles."
Le prêtre: "Combien de temps devrons-nous attendre, alors?"
Rëal: "Le temps qu'il faudra."
Jon: "Et faudra-t-il beaucoup de temps?"
Rëal: "Cela dépend."
Jon: "Cela dépend de quoi?"
Rëal: "De vous."
Jon: "Cessez vos foutues énigmes, et venez-en aux faits!"
Rëal: "Mais quoi? Je suis prophète, j'ai bien le droit d'être énigmatique!"
Le prêtre: "Que doit-on faire alors, monsieur le prophète?"
Rëal: "Il faut d'abord s'asseoir en cercle."
Les gens s'exécutent.
Rëal: "Tenez-vous par la main."
Ils s'exécutent à nouveau.
Rëal: "Il faut ensuite enlever vos chandails."
Quelques hésitations plus tard, les gens s'exécutent encore.
Rëal: "Et maintenant, enlevez vos pantalons."
Jon: "Êtes-vous vraiment certain que cela attirera dieu?"
Rëal: "Bien sûr! Il aime bien voir les gens au naturel, tels qu'il les a créés."
Les gens continuent de s'exécuter.
Rëal: "Dites: "Rëal est le plus grand, Rëal est le plus fort"."
Autre exécution.
Rëal: "Enlevez ce qui vous reste de vêtements."
Patrick Pwayzie: "Vous savez, je n'ai plus mon corps d'antan..."
Rëal: "Ne discutez pas! Voulez-vous voir dieu ou ne voulez-vous pas le voir?"
L'exécution commence, lentement mais sûrement. Elle est cependant interrompue par un bruit tonitruant: celui d'une sorte de rasoir géant.
Le prêtre: "Est-ce dieu?"
Rëal: "Non! Levez-vous et foutez le camp d'ici!"
Les gens prennent leurs vêtements, détalent un peu partout dans le champ de maïs, et évitent de justesse une moissonneuse-batteuse qui passait par là. Si vous voulez voter pour la moissonneuse-batteuse, faites le 7.
Qu'est-ce que cette étrange cérémonie? Servait-elle vraiment à appeler dieu? Les gens l'auraient-ils exécuté jusqu'au bout? Varda pardonnera-t-elle un jour à ce baryton qui baratine? Pour qui voterez-vous? Mettra-t-on la moissonneuse-batteuse au ballotage?
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