Épisode 8
Un esprit saint dans un corps saint



La semaine dernière: Patrick de Nolywood, avec l'aide inestimable de son téléphone portable, participe à l'émission du "Docteur Spinxer à l'écoute", où on le traite de pathétique, de minable et de triple bougre d'abruti de mes deux.

Quelques publicités plus tard, le Docteur Spinxer, son acolyte Jean Mouchard et leurs fidèles auditeurs quittent les ondes radiophoniques pour faire place à Madame Joujou, experte en prédictions probables, en anticipations approximatives et en mouvements des planètes.

Or, personne dans le minibus se dirigeant vers dieu n'a envie d'entendre les éructations de cette lavasse ésotérique. Et comme personne n'en a envie, les passagers se mettent tous à regarder le paysage; or, devant eux il n'y a qu'une rue comme les autres, avec ses piétons et ses bagnoles, ses commerces et ses hold-ups. Et comme ce n'est qu'une rue comme les autres, les passagers du minibus se dirigeant vers dieu cessent de regarder dehors et tentent de s'observer entre eux, lorgnant les visages des autres, évitant de croiser leurs regards. Et comme tout le monde essaie de regarder les autres, et que personne ne réussit, ils décident de regarder plutôt le plancher du minibus se dirigeant vers dieu. Et comme ce plancher recouvert de caoutchouc rayé est plutôt moche, les passagers du minubus se dirigeant vers dieu ne savent plus que faire.

Le prêtre d'Admérie se lève alors, brandit fièrement son Livre, et prend la parole:

Le prêtre: "Mes brebis adorées, je vois l'impatience dans vos visages. Comme moi, vous avez hâte d'arriver à destination, là où nous pourrons gambader gaiement dans des pâturages de joie et d'allégresse, là où nous brouterons en paix l'herbe du bonheur divin, aux côtés de notre dieu bien-aimé. Oui, vous piaffez d'impatience. En ma qualité de berger, il est donc de mon devoir de vous guider, mes chers brebichous, sur le chemin qui nous mènera aux prés verts et ondoyants où habite dieu. Et comment vais-je vous guider? Comme je l'ai toujours fait, mes petits brebounets: en vous lisant un passage du Livre."

***


Évangile selon Saint-Nitouche, chapitre 1, verset 18.

Voici quelle fut l'origine du fils de dieu. Jarie, sa mère, était accordée en mariage à Moseph; or, avant qu'ils aient habités ensemble, elle vit son ventre se mettre mystérieusement à enfler. Moseph le menuisier, son époux, n'y était cependant pour rien; ainsi, avant que la bonne nouvelle ne se répande, il alla la trouver chez elle.

Jarie: "Oh, c'est toi, Moseph."
Moseph: "Qui d'autre attendais-tu?"
Jarie: "Personne, Moseph. Personne. Vraiment! Vraiment personne."
Moseph: "Tu es seule?"
Jarie: "Oui."
Moseph: "Vraiment seule?"
Jarie: "Mais puisque je te le dis!"
Moseph: "Oh, ça va, ça va, je vérifiais, voilà tout."
Jarie: "Je suis seule, et il n'y a rien à ajouter."
Moseph: "Rien?"
Jarie: "Rien de rien!"
Moseph: "En es-tu certaine?"
Jarie: "Absolument certaine."
Moseph: "Ne me caches-tu rien?"
Jarie: "Que non!"
Moseph: "N'as-tu rien à me dire?"
Jarie: "Que pourrais-je donc avoir à te dire?"
Moseph: "Je ne sais pas, moi... que tu m'aimes, peut-être?"
Jarie: "Ouf! Je croyais que..."
Moseph: "Que croyais-tu donc?"
Jarie: "Rien de particulier."
Moseph: "Holà, attends un peu..."
Jarie: "Je t'aime."
Moseph: "Je crois que tu..."
Jarie: "Je t'aime."
Moseph: "Mais pourquoi..."
Jarie: "Je t'aime, je t'aime, je t'aime."
Moseph: "Et j'en suis fort heureux."
Jarie: "Et toi, ne m'aimes-tu pas?"
Moseph: "Bien sûr que si! Quelle question!"
Jarie: "Je voulais en être certaine."
Moseph: "Tu n'as pas à douter."
Jarie: "Toi non plus."
Moseph: "Quoi! Moi? Aurais-je donc des raisons de douter?"
Jarie: "Eh bien... non, rien ne me vient en tête."
Moseph: "Et pourtant..."
Jarie: "Je te demande pardon?"
Moseph: "Et pourtant!"
Jarie: "Pourtant quoi?"
Moseph: "Pourtant, je crois que j'ai peut-être, je dis bien peut-être, des raisons de douter."
Jarie: "Des raisons?"
Moseph: "Des raisons... enfin, je veux dire une raison. Une raison en particulier."
Jarie: "Ah oui? Et laquelle?"
Moseph: "Ne me prends pas pour un idiot."
Jarie: "Non, vraiment, quel est le problème?"
Moseph: "Ton ventre."
Jarie: "Et qu'est-ce qu'il a, mon ventre?"
Moseph: "Tu ne trouves pas qu'il est un peu... enflé?"
Jarie: "Euh... Enflé?"
Moseph: "Oui, enflé!"
Jarie: "Eh bien oui, il est peut-être un peu... enflé..."
Moseph: "Et tu n'as rien à me dire!"
Jarie: "Je peux faire un régime, si ça te dérange à ce point!"
Moseph: "Allons, allons! Tu ne me feras pas avaler ça!"
Jarie: "Quoi?"
Moseph: "Ni tes bras, ni tes jambes, ni tes seins n'ont pris le moindre volume; il n'y a que ton ventre!"
Jarie: "Et alors?"
Moseph: "Cela ne peut vouloir dire qu'une chose."
Jarie: "Euh... c'est que..."
Moseph: "Tu es enceinte!"
Jarie: "Mais... mais..."
Moseph: "Exactement! Et nous n'avons pas même partagé le même lit!"
Jarie: "Ce n'est pas ce que tu crois! Je peux tout t'expliquer!"
Moseph: "Je ne veux rien entendre!"
Jarie: "Mais attends!"
Moseph: "Non! Je suis cocu et c'est tout!"
Jarie: "C'est un esprit saint!"
Moseph: "Quoi!?"
Jarie: "Si je suis enceinte, c'est par le fait d'un esprit saint!"
Moseph: "Un quoi? Mais c'est quoi cette histoire?"
Jarie: "C'est un esprit envoyé par dieu qui m'a mise enceinte!"
Moseph: "Et tu penses que je vais croire cette histoire abracadabrante, peut-être?"
Jarie: "Mais puisque je te dis que..."
Moseph: "Ne me dis plus rien!"
Jarie: "Je t'aime!"
Moseph: "Moi non plus! C'est fini! Esprit saint ou pas, je suis cocu, et je m'en vais!"

On dit que Moseph reçut, quelques jours plus tard, la visite d'un homme qui disait être un ange, et qui lui raconta, avec force détails, comment un esprit saint avait en effet engrossé sa femme, et comment dieu avait en effet ordonné à cet esprit saint de le faire. Bien qu'il sembla à Moseph que l'ange ressemblait diablement à Zéphirin, un menuisier qui lui faisait concurrence, il se résolut finalement à accepter cette version des faits et se réconcilia avec Jarie. Puis ils déménagèrent dans une étable, où allait naître, environ huit mois plus tard, le fils de dieu.

***


Sur ces belles paroles, le minibus se dirigeant vers dieu s'arrête, devant un champ de maïs.

Pourquoi le minibus se dirigeant vers dieu s'arrête-t-il devant un champ de maïs? Le minibus manque-t-il de carburant? Le chauffeur a-t-il une envie pressante? Ou veut-il seulement cueillir du maïs? Pourquoi Moseph et Jarie ont-ils emménagé dans une étable? Moseph était-il vraiment cocu? Qui est le vrai père du fils de dieu?

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