
Épisode 22
Le stage
1ère partie
La semaine dernière: Quelque part dans le Grand Édifice, Greg Widebouche tente de remuer les passions de la foule qui se trouve devant lui: entêté, il échoue; exaspérés, ils le chassent; exténué, il se sauve; écervelé, il se frappe la tête contre celle de Monsieur Bumblesmith. Étourdi, celui-ci fait l'observation suivante: "vous devriez être mort!". Mais l'est-il? Et Bumblesmith, lui? Et Troy, et le Marquis de Salade? Sont-ils donc tous morts? Cela se peut-il? Sinon, où diantre sont-ils? Et pourquoi diantre?
Dans un grand parc admérien, il y a foule. Il y a tente, il y a kiosque, il y a grande scène. Cela grouille de monde, de symboles bizarres, d'étranges tuniques et d'hormones variées. L'on débat, l'on discute, l'on se prosterne, l'on fait la queue, l'on se fout à poil, l'on se touche, l'on se renifle, l'on se baise.
Trois lourdauds en costumes noirs arrivent sur les lieux: deux hommes, une femme, tous d'affaires.
Jon: "Chers collègues, nous y voilà! Ce petit stage, cette petite cure de remise en forme, saura vous remettre du pep dans le réservoir à pep!"
Varda: "S'agit-il bien... d'une cure de remise en forme?"
Patrick Pwayzie: "Je n'en sais rien, mais tous ces gens me semblent en grande forme! Avez-vous vu la flexibilité de celle-ci?"
Varda: "Et que dire de celui-là? Un véritable contorsionniste!"
Patrick Pwayzie: "Mais où sommes-nous, Monsieur Sweetpickle? Quelle est cette étrange foire?"
Jon: "Vous le saurez bien assez tôt. Je vous invite à vous mettre à votre aise, et à refaire le plein de pep. Quant à moi, j'ai quelques trucs urgents, dont je dois m'occuper à l'instant."
Jon effectue une vrille parfaite, et part d'un pas décidé vers les coulisses, à l'arrière de la grande scène.
Patrick Pwayzie: "Eh bien! Que fait-on, maintenant?"
Varda: "Ces gens m'inspirent..."
Patrick Pwayzie: "Vous... euh, tu... que dis-tu?"
Varda: "Ces gens me donnent des idées... mais tu sais, nous n'avons pas vraiment besoin d'eux pour repepiser notre pep!"
Patrick Pwayzie: "Où veux-tu en venir exactement?"
Varda: "L'ignores-tu vraiment, toi qui autrefois fis de la poterie avec tant d'adresse et de tendresse?"
Patrick Pwayzie: "Tu veux faire de la poterie?"
Varda sourit, empoigne fermement la main de Pwayzie.
Varda: "Allez, viens: cherchons un lieu où nous pourrons faire de la poterie à notre guise."
Patrick Pwayzie: "Euh... je... je... mais tu sais... J'aimerais bien d'abord visiter cette foire."
***
Ailleurs dans ladite foire, non loin d'une brochette de convives qui n'ont pour seul vêtement que leur irréductible foi et une paire de chaussettes, il y a Brigitte, mystérieuse femme en soutane, une étoile accrochée au cou. À sa gauche il y a le Docteur Spinxer, dans une soutane trop grande pour lui, qui se tortille impatiemment.
Dr. Spinxer: "Vais-je foutre bientôt?"
Brigitte: "Patience, cher ami. Je vois que votre esprit est troublé, je le sais, je le sens. Si vous voulez foutre, vous devez d'abord faire le vide et embrasser la vérité de Rëal."
Dr. Spinxer: "Le vérité de Rëal, je n'en ai rien à cirer, et ne l'embrasserai pas; je préférerais de loin embrasser vos nichons!"
Brigitte: "Vous ne comprenez pas: ceci est un stage de méditation sensuelle."
Dr. Spinxer: "Je sais."
Brigitte: "Non, vous ne savez pas."
Dr. Spinxer: "Mais si!"
Brigitte: "Vous croyez savoir, mais vous ne savez pas."
Dr. Spinxer: "Qu'y a-t-il donc à savoir? On prie, bla bla bla, je ne sais quoi, je ne sais comment, je ne sais pourquoi, et ensuite, on baise. Qu'attendons-nous?"
Brigitte: "Non! Vous êtes dans l'erreur, cher ami. Il ne s'agit pas de prier, et ensuite de baiser, mais bien de prier en baisant. Et ici, en ces lieux, l'on ne peut baiser sans prier."
Dr. Spinxer: "C'est ridicule."
Brigitte: "Pauvre de vous! Vous n'avez jamais prié en baisant, cela se voit!"
Dr. Spinxer: "J'ai déjà lu Nietzsche en baisant."
Brigitte: "Peu importe! Vous n'avez jamais prié, et pour méditer sensuellement, il faut méditer en prière. Et surtout, c'est essentiel, il faut y croire!"
Dr. Spinxer: "Je ne crois pas aux idées saugrenues de ce Rëal! C'est un imposteur, un fumiste, un opportuniste fini, et rien d'autre!"
Brigitte: "Ah oui? Alors, dites-moi: lequel des préceptes rëalistes vous turlupine le plus?"
Dr. Spinxer: "Eh bien... oui, certes... je crois que... non, je pense que... vous savez... tout indique que... il est vrai... il est faux de penser... de croire... de prétendre... que... vous savez... ah voilà! Le précepte que je récuse, avant tout, c'est... c'est le quatrième, tiens!"
Brigitte: "Cela m'étonne, venant de vous."
Dr. Spinxer: "Je vous demande pardon?"
Brigitte: "Vous refusez aux hommes le droit fondamental aux plaisirs de la chair?"
Dr. Spinxer: "Oh! Mais non, mais non, pas du tout! Je voulais évidemment parler, vous l'aurez compris, du cinquième précepte."
Brigitte: "Celui selon lequel les partenaires sexuels peuvent et doivent être partagés?"
Dr. Spinxer: "Mais que dire du sixième? Le sixième, c'est de la merde et je m'y oppose radicalement!"
Brigitte: "Quelle inconscience! Vous vous prononcez donc pour la peine de mort!? Vous êtes un monstre!!"
Dr. Spinxer: "Mais... mais..."
Brigitte: "Un monstre! Quittez ces lieux bénis!"
Dr. Spinxer: "Toutes mes excuses!"
Brigitte: "Ouste! Du vent!"
Dr. Spinxer: "Vous faites erreur!"
Brigitte: "Vous êtes banni de ces lieux!"
Dr. Spinxer: "S'il vous plaît! Non!"
Brigitte: "Oui! Banni! Banni!"
***
Plus loin, deux hommes non-bannis déambulent à travers un jardin de corps dénudés et disposés dans les attitudes les plus baroques: le premier regarde d'un oeil attendri le spectacle qui s'offre à lui; le second recouvre son visage de ses mains entrouvertes.
Le prêtre: "Eh bien voilà, j'espère que vous êtes fier de vous! Je n'irai jamais au ciel, ne traverserai jamais le tunnel, ne verrai jamais la lumière, et par-dessus tout, je ne rencontrerai jamais dieu! Tout est fini!"
Le baryton: "Mais allons, rien de ce que vous n'avez vu ici n'est contre nature!"
Le prêtre: "Mais j'ai trébuché sur un trio de lesbiennes, grand dieu!! Ma soutane est souillée pour l'éternité!! Tout, tout, tout ici est contraire à la nature!!"
Le baryton: "Bof, préjugés que tout cela! Si cela existe, c'est que cela est naturel: aussi naturel que la guerre, la pollution et les disques d'Anmar Illogique."
Le prêtre: "Cessez de blasphémer! Et aidez-moi plutôt à ne point trébucher encore!"
Le baryton: "Allons, du calme."
Le prêtre: "Non! Je ne me calmerai pas, pas tant que je serai dans ce lieu puant et maudit! Pouah! Vite! À l'abri! Hérésie! Sacrilège! Enfer et boule de foutre! Cachez ces truculentes orgies que je ne saurais voir!"
Le prêtre réussira-t-il à se mettre à l'abri? Existe-t-il un détersif qui puisse nettoyer la vilaine tache qui désormais souille sa soutane? Le Docteur Spinxer est-il vraiment banni? Où ira-t-il, lui qui n'a même pas su foutre dans un lieu où l'on fout pourtant sans contrainte, sans frein et sans ménagement? Et Jon, où est-il parti? Pourquoi a-t-il emmené Varda et Patrick Pwayzie à un congrès rëaliste? Et eux, feront-ils de la poterie? Et vous, lequel des préceptes rëalistes vous turlupine le plus?
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