Épisode 16
Des chiffres et des lèvres



La semaine dernière: Dans le mystérieux corridor "P-32", au "Deuxième Sous-sol" du "Grand Édifice", Monsieur Bumblesmith apprend l'existence d'un "Grand Patron" qui aurait effectué diverses "coupures", ce qui fait que Bumblesmith ne peut se défaire de l'humiliante "jaquette" qui laisse poindre son "postérieur". Le "pauvre bougre" part à la recherche de ce "Grand Patron" afin de "rectifier" la "situation".

Jon: "Comme je viens de vous l'expliquer, Président d'Admérie est redevenu le Président d'Admérie, et Monsieur Gruelburger est décédé mystérieusement, et ainsi je n'ai plus d'associés, de sorte que Sweetpickle et Ass. n'a plus sa raison d'être. D'autre part, Monsieur Bumblesmith est décédé mystérieusement, et ainsi Business Inc. n'a plus de patron. Or, Monsieur Widebouche est décédé mystérieusement, et ainsi Président d'Admérie à repris sa place, de sorte que je n'ai plus aucune raison d'en vouloir à feu mon ex-patron, ni à feu mon ex-président, ni à feu personne, et qu'ainsi je reviens vers vous."

Jon Sweetpickle, pourvu de tous ses morceaux, bien mis, symétrique et élégant, fait la bise à Varda et serre la main de Patrick Pwayzie.

Varda: "C'est chouette de vous revoir de bonne humeur!"
Jon: "Il est certes plus facile d'être heureux lorsque l'on a des bras et des jambes."

Jon sourit, sans effort; puis il exécute une roue latérale digne des plus grands gymnastes.

Jon: "Veuillez m'excuser; c'est l'émotion. Ahem! Bon, très bien, puisque tout cela vous convient, nous procéderons à la fusion de Sweetpickle et Ass. avec Business Inc.; notre compagnie sera désormais connue sous le nom de... Business Inc.!"
Patrick Pwayzie: "Depuis tout ce temps... nous allons enfin nous mettre au travail!"
Varda: "Nos étranges et exécrables aventures sont enfin terminées."
Jon: "Excellent! Je vous laisse: j'ai quelques trucs urgents à régler."
Varda: "Des trucs? Quels trucs?"
Jon: "Rien de bien important... des trucs."
Varda: "Allez, ne soyez pas cachottier, vous travaillez maintenant avec nous..."
Patrick Pwayzie: "Dites-nous, allez!"
Jon: "Je ne devrais pas..."
Varda: "Si! Vous devriez!"
Patrick Pwayzie: "S'il-vous-plaît!"
Jon: "Mais c'est personnel!"
Varda: "Et puis? Nous n'aurons qu'à vous dire des trucs personnels à nous!"
Patrick Pwayzie: "Vous savez, il existe moult rumeurs et racontars à mon sujet, et il me ferait grand plaisir de vous en confirmer quelques-uns..."
Jon: "Non! Je ne peux pas! Je suis désolé. À plus tard."

Jon ouvre la porte en acajou véritable. Elle grince un peu.

Jon: "En attendant mon retour, huilez les pentures de cette porte. Vous connaissez le dicton."
Patrick Pwayzie: "Quel dicton?"
Varda: "Porte qui grince n'amasse pas clients."
Jon: "Exact."
Patrick Pwayzie: "Intéressant..."

Jon referme derrière lui la porte en acajou véritable. Elle grince beaucoup.

Patrick Pwayzie: "Reste-t-il de l'huile pour cette porte?"
Varda: "Non, je ne crois pas."
Patrick Pwayzie: "Allons en chercher, alors!"
Varda: "Oui, allons-y... mais avant cela, j'ai à te parler."

Patrick Pwayzie fait trois pas vers l'arrière.

Patrick Pwayzie: "Vous... vous m'avez tutoyé?"
Varda: "Oui, je t'ai tutoyé. Et toi, tu peux me tutoyer, itou."
Patrick Pwayzie: "Que je vous tutoie? Mais voyons! Nous devons nous vouvoyer, sinon on va nous renvoyer, vous voyez?"
Varda: "Mais que racontes-tu?"
Patrick Pwayzie: "C'est la règle, non?"
Varda: "Et alors? Qui donc va appliquer cette règle stupide et désuète?"
Patrick Pwayzie: "Ce Jon en serait bien capable, nous croyons."
Varda: "Et où est Jon en ce moment?"
Patrick Pwayzie: "Il n'est pas là; mais il n'est pas loin."
Varda: "Alors que crains-tu?"
Patrick Pwayzie: "Nous? Nous ne craignons rien!"
Varda: "Nous?"
Patrick Pwayzie: "Vous avez raison: nous n'avons sans doute rien à craindre."
Varda: "Tu refuses de me tutoyer, mais tu te nounoies?"
Patrick Pwayzie: "Le nounouiement est très en vogue, paraît-il. Et parfaitement en règle."
Varda: "Mais enfin, cesse de te nounoyer et de me vouvoyer, et tutoie-moi donc!"
Patrick Pwayzie: "Bon. Puisque vous insistez, nous le voulons bien."
Varda: "Eh bien, allez-y!"
Patrick Pwayzie: "Euh, bon, voilà... Tu!"
Varda: "Tu vois? Ce n'était pas si difficile!"
Patrick Pwayzie: "Tu. Tu. Tu."
Varda: "Tu, tu."
Patrick Pwayzie: "Cela fait du bien! Tu... tu voulais me dire quelque chose, tout à l'heure?"
Varda: "Oui, en effet. Tu sais, Patrick, je crois que nous avons plusieurs choses en commun. Nous avons tous deux été riches et acteurs, puis nous sommes devenus out, nous avons vécu l'enfer Nolywoodien, et maintenant nous travaillons ensemble. Au fond, ce que j'aimerais te dire, c'est..."

Jon entre dans le bureau du 58ième étage. La porte grince passionnément.

Jon: "À ce que je peux constater, vous n'avez pas encore huilé cette porte."
Patrick Pwayzie: "Je... euh, nous sommes désolés. Nous allions le faire."
Varda: "Il ne reste plus d'huile."
Jon: "Alors, allez en chercher! Qu'attendez-vous? Nous avons beaucoup de pain sur la planche, chers employés!"
Varda: "Très bien. Nous y allons tout de suite."
Jon: "Pas vous, Varda. J'ai besoin de vous ici: il y a ici quelques documents de la plus haute importance. Monsieur Pwayzie, vous irez seul."
Patrick Pwayzie: "Très bien. Nous y allons, Monsieur."
Jon: "Pardonnez-moi, mais je vous ai demandé d'y aller seul."
Patrick Pwayzie: "C'est ce que nous venons de dire. Nous y allons seul."
Jon: "J'ai du mal à vous suivre, Monsieur."
Varda: "Il se nounoie."
Jon: "Comment? Vous vous nounoyez?"
Patrick Pwayzie: "Cela est très en vogue, dit-on."
Jon: "Si vous le dites. Allez chercher de l'huile à pentures, maintenant."
Patrick Pwayzie: "Nous y allons de ce pas."

Patrick Pwayzie sort du bureau. La porte grince à la folie.

Jon: "Voilà. Prenez ce crayon et cette feuille, et inscrivez-y les chiffres que je vous indiquerai."
Varda: "À vos ordres."
Jon: "Il est temps pour Sweetpickle et Ass. et Business Inc. de ne former qu'une seule et même compagnie! Place à la fusion!"
Varda: "Mais j'y pense: n'avez-vous pas peur des défusions?"
Jon: "Les défusions? Qu'est-ce que c'est?"
Varda: "Je n'en suis pas certaine. À la télévision, on ne cesse d'en parler. D'abord les vaches devinrent folles; puis les poulets attrapèrent la grippe; les politiciens eurent quelques trous de mémoire; enfin une chanteuse populaire attrapa froid lorsqu'on lui arracha, devant les regards du monde entier, un bout de tissu décousu en un lieu stratégique. Et maintenant, c'est notre tour: la sombre menace de la défusion plane au-dessus de nos pauvres têtes fusionnées."
Jon: "Si ce que vous dites est vrai, il faudra résolument se méfier de ce fléau."
Varda: "Heureusement, la télévision est là pour nous dire de quoi avoir peur."
Jon: "Voilà qui est plutôt rassurant."
Varda: "En effet."
Jon: "Bon. Vous avez ce crayon et cette feuille?"
Varda: "Oui. Je suis prête."

Patrick Pwayzie est revenu au bureau du 58ième étage. Pendant que Jon récite une arbitraire et interminable série de chiffres et que Varda les inscrit sur la feuille sans poser de questions, Patrick Pwayzie huile avec ardeur les pentures de la porte en acajou véritable.

Il l'ouvre et la ferme. Elle ne grince pas du tout.

Jon et ses employés réussiront-ils à fusionner Sweetpickle et Ass. avec Business Inc.? Leurs noms seront-ils ajoutés dans la sinistre liste des victimes de la défusion? Que sont ces "trucs urgents" que devait régler Jon? Que Varda voulait-elle dire à Patrick Pwayzie? Pourquoi le tutoie-t-elle? Pourquoi se nounoie-t-il? Pourquoi l'auteur parle-t-il de lui-même à la troisième personne?

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