
Épisode 13
La Loi de Murphy
La semaine dernière: Monsieur Bumblesmith se réveille dans un vaste hôpital plus blanc que blanc: mais est-il bien vivant? Ou est-il mort? Est-il victime d'un canular? Est-ce une erreur administrative de l'excellent système de santé admérien? Il n'en sait fichtrement rien et, pout tout dire, nous non plus.
Au 58ième étage d'un certain immeuble à étages, Patrick Pwayzie tient bien en main un aspirateur de marque Suck-o-Matic 3000, lequel s'affaire à sucer avidement et bruyamment la poussière qui tapisse les locaux de Business Inc., abandonnés pour quelques temps à la faveur du voyage que l'on sait.
Si l'aspirateur n'aspirait pas avec tant de ferveur et ne menait pas un tel vacarme, Patrick Pwayzie se rendrait certainement compte que l'on frappe à la porte en acajou véritable de marque EasyDoor, disponible pour 200 dollars ou quatorze versements de 50 dollars.
De plus, si le Suck-o-Matic 3000 ne faisait pas tout ce boucan, Pwayzie entendrait sans doute le téléphone qui sonne, Varda qui lui parle par-delà l'autre bureau, il pourrait peut-être même s'entendre penser.
Il va sans dire, le monde des affaires est un monde sans merci.
Malgré la haute technologie d'absorption des saletés que procure le Suck-o-Matic 3000, il faut tout de même trimballer ce truc plutôt lourd sur toute la surface du plancher que l'on aspire à aspirer, ce qui exige un entraînement physique rigoureux. De plus, avec ce volumineux appareil électroménager, il est assez difficile de contourner les objets, que ce soit la poubelle TrashMaster, la chaise Ultimate Comfort ou le pot à fleur de marque "Is this really a Flowerpot?".
Et bien que le Suck-o-Matic soit capable d'ingurgiter d'un seul trait un bol de spaghettis renversé au sol, il est particulièrement inefficace dans les quelques pièces de ce monde qui ont des coins. À cet effet, le Suck-o-Matic 3000 est pourvu d'un tuyau extensible plutôt encombrant, qui pour sa part n'aspire presque rien.
Sa bataille épique avec le Suck-o-Matic 3000 terminée, Patrick Pwayzie fait doucement basculer l'interrupteur rouge vers la position "OFF", et l'aspirateur, docile, cesse d'aspirer.
Varda, qui a quant à elle terminé de nettoyer la fenêtre, se tourne vers son collègue, sa chemise blanche légèrement imbibée d'un mélange d'eau et de nettoyant pour vitres de marque NiceGlass.
Varda: "N'est-elle pas impeccable, cette fenêtre?"
Patrick Pwayzie: "Impeccable? Je dirais plutôt qu'elle est invisible! On ne la voit point tellement elle est propre."
Varda: "Tout cela, mon cher, nous le devons à NiceGlass!"
Patrick Pwayzie: "Sans doute, mais nous devons ce plancher dépoussiéré au merveilleux Suck-o-Matic 3000!"
Varda: "Il est merveilleux, cela ne fait aucun doute."
Patrick Pwayzie: "Et il nous sera fort utile si, par hasard, on renversait un bol de spaghettis sur le plancher."
Varda: "En effet."
Patrick Pwayzie: "Mais je dois vous avouer que j'ai quelques réserves face à cet aspirateur."
Varda: "Lesquelles?"
Patrick Pwayzie: "On sait que le Suck-o-Matic 3000 n'a pas son pareil pour aspirer les spaghettis. Mais qu'en est-il des autres types de pâtes? Saurait-il, par exemple, aspirer les macaronis?"
Varda: "Je n'en sais rien."
Patrick Pwayzie: "Moi non plus, et je n'ose m'aventurer à en faire l'expérience."
Varda: "Nous devrons appeler le service à la clientèle."
Patrick Pwayzie: "Excellente idée! J'y vais de ce pas."
Varda: "Votre pas est toujours aussi sublime."
Patrick Pwayzie: "Merci."
La main de Pwayzie s'approche du combiné; il sonne. Pwayzie recule, affolé; il se ressaisit et se rapproche; on cogne à la porte. Le téléphone continue de sonner; on continue de cogner.
Patrick Pwayzie: "Le téléphone! La porte! La porte, le téléphone! Lequel choisir?"
Varda: "La porte!"
Patrick Pwayzie: "La porte?"
Varda: "Le téléphone!"
Patrick Pwayzie: "Le téléphone?"
Le téléphone sonne. On cogne à la porte.
Varda: "Le porte?"
Patrick Pwayzie: "La téléphone?"
La porte sonne. On cogne au téléphone.
Varda: "Que faire?"
Patrick Pwayzie: "En effet: que?"
Le téléphone porte. On sonne à la cogne.
Varda: "Je vais répondre!"
Patrick Pwayzie: "Je vais ouvrir!"
Patrick Pwayzie répond au téléphone; Varda va ouvrir la porte.
Patrick Pwayzie: "Euh... Varda?"
Varda: "Oui?"
Patrick Pwayzie: "L'homme au téléphone..."
Varda: "Qu'y a-t-il?"
Patrick Pwayzie: "C'est lui-même qui cogne à la porte."
Varda: "Alors j'ouvre."
Varda ouvre la porte en acajou véritable de marque EasyDoor; n'ayant pas été huilée depuis longtemps, elle grince. Derrière la porte se trouve un homme qui ressemble en tous points à Jon Sweetpickle, à quelques exceptions près: il n'a pas de main en plastique, ni de jambe en plastique, mais de vrais membres; et il ne semble pas du tout avoir subi un accident de moissonneuse-batteuse.
Varda tombe à la renverse, atterrit sur le derrière, pousse un hurlement légèrement strident.
Varda: "J... J... Jon!?"
Jon: "Moi-même. Comment allez-vous, Mademoiselle?"
Varda: "J... J... Je vais bien... mais..."
Jon: "N'ayez pas peur. Je suis ici en tant qu'ami."
Varda: "Que... Com... Com..."
Patrick Pwayzie: "Comment cela est-il possible?"
Jon: "De quoi parlez-vous?"
Varda: "Mais... ce... je... vous..."
Patrick Pwayzie: "N'étiez-vous pas, la dernière fois que l'on vous a vu, amputé d'une main, d'une jambe et d'un pied?"
Jon: "Ah oui! Certainement. Oui, en effet."
Varda: "Mais... c'est..."
Patrick Pwayzie: "C'est impossible!"
Varda: "C'est... c'est..."
Patrick Pwayzie: "Qu'est-ce que c'est?"
Varda: "C'est... c'est un... un miracle!"
Jon: "Précisément. Si je suis ici, devant vous, chers amis, c'est grâce à un miracle."
Patrick Pwayzie: "Il faut l'admettre: pour un miracle, c'est tout un miracle!"
Par quel miracle Jon est-il en un seul morceau? Pourquoi rend-il visite à Varda et Patrick Pwayzie? Où sont passées sa main en plastique, sa jambe en plastique et son agressivité? Le Suck-o-Matic 3000 peut-il aspirer les macaronis? Sinon, peut-on au moins en disposer en les déposant dans la poubelle TrashMaster?
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