Épisode 5 - La cité où l'on ne dort jamais
1ère partie



La semaine dernière: Au 111ième étage, une ribambelle de politiciens veulent du changement, du changement, et encore du changement: ainsi désignent-ils Greg Widebouche, l'ex-militaire téléphage mangeur de croustilles orangées, comme le candidat à la présidence d'Admérie, le candidat du veuf et de l'orpheline, le candidat de la majorité invisible, le candidat du changement.

Ailleurs, pendant ce temps, Monsieur Bumblesmith et Jon cherchent Varda dans les méandres du 58ième étage; ailleurs, pendant ce temps, Steve Gruelburger continue à faire ses boulettes et continue à voir d'étranges lumières bleues accompagnées d'une série de sons ressemblant à "wou"; ailleurs, pendant ce temps, quelqu'un lit un insignifiant roman-feuilleton; ailleurs, pendant ce temps, quelqu'un naît et un autre meurt; ailleurs, pendant ce temps, quelqu'un jouit.

***


Ailleurs, pendant ce temps, à Nolywood, la cité où l'on ne dort jamais, le célèbre réalisateur John Von Vaughn prépare des auditions pour sa prochaine méga-production filmesque, "Le Retour de La Suite 2".

Ce plateau de tournage est rempli à craquer de gens tous plus utiles les uns que les autres pour le sort du monde: éclairagistes, secrétaires, secrétaires exécutifs, maquilleurs, maquilleurs exécutifs, concierges, concierges exécutifs, bref, tout ce petit monde vertueux et sans histoires qui peuple les innombrables génériques, ces listes qui ne sont lues par personne.

John Von Vaughn, un homme dans la cinquantaine mais sans un seul cheveu gris, s'asseoit sur sa chaise aux pattes croisées, croise lui-même ses jambes, replace son béret, met ses lunettes fumées, saisit son porte-voix et crie: "Suivante!".

Une jeune femme entre sur le plateau. Elle est mince comme quelque chose de très mince. Ses yeux scintillent, ses lèvres palpitent, ses dents sont d'une éloquence rare. Elle est à la fois anxieuse, énervée, gênée et surexcitée.

John Von Vaughn: "Bonjour, jeune femme."
La jeune femme: "Bonjour!!!"
John Von Vaughn: "Vous venez bien pour le rôle de Sarah Sahara?"
La jeune femme: "Oui!!!"
John Von Vaughn: "Vous pesez combien?"
La jeune femme: "Je suis la légèreté incarnée!!!"
John Von Vaughn: "Oh, cela est très léger..."
La jeune femme: "Oui!!!"
John Von Vaughn: "Dites "C'est l'heure d'aller leur botter le cul!" avec un air vengeur."
La jeune femme: "C'EST L'HEURE D'ALLER LEUR BOTTER LE CUL!!!"
John Von Vaughn: "Trop maigre. Suivante!"
La jeune femme: "Quoi?"
John Von Vaughn: "J'ai dit: "suivante"! Cela veut dire: "partez", ou si vous préférez: "vous êtes nulle"!"
La jeune femme: "Non!!!"
John Von Vaughn: "Oui!"
La jeune femme: "Je ne suis pas nulle!!!"
John Von Vaughn: "Suivante!"
La jeune femme: "Mais..."
John Von Vaughn: "Suivante!"
La jeune femme: "Je pourrais vous... si vous voulez..."
John Von Vaughn: "SUIVANTE!!!"

La jeune femme éclate en sanglots et part, pour ne plus jamais revenir.

Une seconde jeune femme entre sur le plateau. Elle est mince comme quelque chose d'encore plus mince. Ses yeux sont comme des lumières éblouissantes, ses lèvres sont comme des plantes carnivores pleines de sève et de férocité, ses dents sont comme des panneaux réflecteurs. Elle dégage des tonnes de parfum et de confiance.

John Von Vaughn: "Vous êtes?"
La seconde femme: "Je suis, en effet."
John Von Vaughn: "Certes, vous êtes; mais qui êtes-vous?"
La seconde femme: "Je suis une jeune femme; mais si vous le voulez bien, je serai Sarah Sahara."
John Von Vaughn: "Cela vous fait une belle jambe."
La seconde femme: "Je sais, je sais, j'ai de belles jambes."
John Von Vaughn: "Pour des jambes de poupée gonflable, ce sont de belles jambes, en effet..."
La seconde femme: "Pardon?"
John Von Vaughn: "Vous m'avez compris."
La seconde femme: "Pardon?"
John Von Vaughn: "Vous êtes une pouffiasse."
La seconde femme: "Comment pourrait-il en être autrement? Je suis une actrice."
John Von Vaughn: "Vous marquez un point."
La seconde femme: "Je sais."
John Von Vaughn: "Que savez-vous d'autre?"
La seconde femme: "Ce serait trop long de vous dire tout ce que je sais; je sais que votre temps est précieux!"
John Von Vaughn: "Il l'est. D'ailleurs, pendant que vous y êtes, dites-moi donc "C'est l'heure d'aller leur botter le cul!" avec un air joyeux."
La seconde femme: "C'EST L'HEURE D'ALLER LEUR BOTTER LE CUL!!!"
John Von Vaughn: "Bravo. Vous êtes nulle."
La seconde femme: "Je ne le suis pas."
John Von Vaughn: "Si, vous l'êtes."
La seconde femme: "Je ne suis pas n'importe qui!"
John Von Vaughn: "Non, vous êtes précisément celle qui va partir sur-le-champ, parce que moi, John Von Vaughn, le réalisateur de ce film, je vous trouve absolument minable! Suivante!"

La femme lève le menton, lance un soupir de dédain, et repart avec ses cliques, ses claques et ses cloques.

Une troisième femme entre sur le plateau. Elle est si mince qu'elle est presque imperceptible. Ses yeux sont si brillants qu'ils s'éclairent eux-mêmes, ses lèvres sont des monuments dédiés à la pulposité et ses dents racontent presque les Mille et une Nuits. Son attitude, par contre, est vague, étrange, floue; on ne sait trop quoi en dire.

John Von Vaughn: "Vous venez jouer Sarah Sahara?"
La troisième femme: "Jouer? Je vous le demande, qu'est-ce que jouer? Jouer ou ne pas jouer? En substance, il faut se demander, sous le vent torride de l'ouest, sous les feuilles de palmier en rut, dans le chaos du monde, AH! Je pleure, je ris et je pleure, tout est tant tellement si triste, je suis si triste, AH! Comme la neige à neigé, comme le soleil à soleillé, comme le foutre a foutu! AH! AH! AH!!! Achevez-moi, je n'en puis plus!"

Le femme se frappe le front du revers de la main.

John Von Vaughn: "Euh..."
La troisième femme: "AAAH! AH! J'agonise, je souffre, je n'en puis plus, je ne veux plus rien entendre, AH! AH! La misère, regardez dehors, tout est si gris, je pleure, je pleure, AH! AAAH!!! Je suis comme la terre qu'on laboure, comme l'arbre qu'on tronçonne, comme le pissenlit répandu par le vent! AH! Tout est noir! AH! Rien ne va plus, les jeux sont faits! AH! Qu'est-ce que la guerre s'il n'y a plus de soldats, qu'est-ce que la mer s'il n'y a plus d'eau, qu'est-ce qu'un film s'il n'y a pas d'histoire? AAAHHH!!!"
John Von Vaughn: "Mais... je..."
La troisième femme: "AAAHHH!!!"
John Von Vaughn: "Qu'est-ce que..."
La troisième femme: "AAAHHH!!!"
John Von Vaughn: "..."

Elle tombe à la renverse, sur le dos, les yeux fermés. Elle a perdu conscience; on la transporte hors du plateau.

John Von Vaughn: "Suivante!"

Une quatrième femme entre sur le plateau. Elle porte une robe bleue à paillettes bleues, une réplique de copie de reproduction de la robe que portait Pandra Pullock.

John Von Vaughn: "Vous êtes parfaite!"
La quatrième femme: "Vous... vous croyez?"
John Von Vaughn: "Je ne crois jamais! Je le sais, et je l'affirme!"
La quatrième femme: "Oh!"

La femme trépigne de joie tout en faisant osciller ses paillettes bleues.

John Von Vaughn: "Puis-je savoir quel est votre nom?"
La quatrième femme: "Varda. Varda Veralda."
John Von Vaughn: "Eh bien, Varda Veralda, vous êtes notre nouvelle Sarah Sahara!"

Que fait Varda à Nolywood? Sera-t-elle capable de jouer le rôle de Sarah Sahara, dans cette mégaproduction intitulée "Le Retour de La Suite 2"? Pourra-t-elle continuer son job de secrétaire chez Business Inc.? Que diront Jon et Monsieur Bumblesmith de cette grande nouvelle? Ailleurs, pendant ce temps, que se passe-t-il?

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