
Épisode X - Dans un pays lointain
La semaine dernière: Lisez l'épisode précédent et vous le saurez, bande de fainéants!
Transportons-nous quelque part, dans un pays lointain, là où les g'yarafs broutent allègrement des feuilles de pla'yé et où les mamous gambadent en piétinant paisiblement les maisons de paille. Oui, allons tous ensemble dans le pays des Omn'wa, là où les petits et les grands Omn'wa fabriquent de magnifiques souliers, qui chausseront avec grâce les pieds de tous athlètes d'Admérie, et qui enrichiront ceux qui n'en ont pas besoin tout en appauvrissant les autres.
Dans ce merveilleux pays des Omn'wa, donc, dans ce pays dont on ne parle presque jamais, treize personnes sont réunies autour d'un bison qui rôtit sur le feu. Tous se taisent, sauf un; car tous écoutent cette personne, le vénérable et vieillissime Gwan'goulou, qui leur raconte une de ses légendes favorites: la légende du B'yadou et du Bwan'dié. Il se lève, se racle la gorge, tousse deux bons coups, éternue, et entame son histoire sous les regards admiratifs et affamés des jeunes faiseurs de souliers.
Le Gwan'goulou: "Mes chers enfants, il est encore une fois l'heure de vous raconter à tous la Légende du B'yadou et du Bwan'dié.
Il était une fois un jeune Omn'wa qui décida, lorsqu'il atteint l'âge de raison, de quitter la fabrique de souliers pour se lancer dans la récolte du pla'yé, comme l'avait fait avant lui son pa'pa. Cela faisait quelques saisons qu'il récoltait, et récoltait encore, mais il récoltait si peu qu'il parvenait à peine à nourrir ses proches et à payer sa hutte de paille.
Un beau jour de chaleur - bref, un jour comme les autres - un mamou piétina sa maison, la détruisant complètement. Sans le sou, le pauvre Omn'wa pleura comme une rivière salée, s'agenouilla et pria Ré'mwac, le Dieu des Maisons, pour que revienne sa demeure, et pria Herménégilde, le Dieu des Récoltes, pour que pousse le pla'yé; enfin, il pria Bill Gates, le Dieu du B'yadou, pour que le b'yadou emplissent son coffre de bambou.
Six jours passèrent, et rien ne changea, si bien que le pauvre Omn'wa n'eût d'autre choix que de retourner à la fabrique. Le septième jour, alors qu'il traversait son champ de pla'yé, il croisa un homme plus grand que lui, un homme rouge, qui portait une longue barbe, des cornes acérées et des lunettes.
Le jeune Omn'wa: "Qui êtes-vous?"
Le Bwan'dié: "Je suis le Bwan'dié."
Le jeune Omn'wa: "Et pourquoi êtes-vous ici, devant moi?"
Le Bwan'dié: "Je suis ici pour manger ton âme et emplir ton coffre de bambou."
Le jeune Omn'wa: "Vous pourriez remplir mon coffre?"
Le Bwan'dié: "Oui, je le peux, si tu me donnes ton âme à manger."
Le jeune Omn'wa: "Et comment allez-vous me donner tout ce b'yadou?"
Le Bwan'dié: "Il sera enterré ici-même, à mes pieds, cette nuit, sous la pleine lune."
Le jeune Omn'wa: "Mais comment vais-je retrouver cet endroit?"
Le Bwan'dié: "Tu n'as qu'à déverser le contenu de tes entrailles ici; personne n'osera s'en approcher, et tu pourras retrouver aisément l'endroit, grâce à l'odeur nauséabondement succulente de ton propre gwa'ga!"
Le jeune Omn'wa: "Voilà une excellente idée!"
Le Bwan'dié: "Très bien; maintenant, je vais manger ton âme!"
Le jeune Omn'wa: "Bon appétit."
Le B'wandié ayant terminé de dévorer son âme, et le gwa'ga étant répandu, le jeune Omn'wa s'en retourna au village, heureux du pacte qu'il venait de conclure. Il pleura comme une rivière sucrée, et remercia Ré'mwac, Herménégilde et Bill Gates de leur clémence collective. Ce soir-là, il ne put dormir, tant il avait hâte de déterrer tout son b'yadou.
Le lendemain, il se leva de bonne heure, et courut à-travers champs, son coffre sous le bras, avec toute la fougue d'un sportif d'Admérie. Il exerça ses narines et parvint rapidement là où l'odeur de son gwa'ga était la plus forte. Il se mit à creuser, et creuser encore, et il récolta de grandes quantités de b'yadou, si bien qu'il en remplit son coffre de bambou.
Il courut au village, souriant comme un crâne, son coffre plein de b'yadou sous le bras."
"Et que se passa-t-il ensuite?", demanda un petit Omn'wa.
Le Gwan'goulou: "Il arriva au village, et quand on lui demanda la raison de son bonheur soudain, il les regarda avec mépris et fierté, ouvrit son coffre... pour s'apercevoir que tout son b'yadou s'était transformé en gwa'ga."
Et c'est ainsi que le Gwan'goulou termina son histoire.
Quel est le sens de ce conte Omn'wa? Quel est le rapport avec Des valises et des hommes? Hein!?!?
(Cliquez ici pour la troisième saison!)