
Épisode 3 - Rien du tout
La semaine dernière: Un certain Steve Gruelburger découvre, derrière l'une des innombrables succursales de la chaîne de montage alimentaire MecBurger, une étrange lumière bleue, accompagnée d'un petit bruit ressemblant à "wou", et d'un message sur un bout de papier: "Ils arrivent".
Pendant ce temps, au 58ième étage, Monsieur Bumblesmith soupire, transpire et fait encore pire: il est incapable de trouver ce damné mot de neuf lettres, dont la troisième est un P, et qui désigne un idiot qui prétend être un messie. Il met son important document de côté, pianote des doigts sur son bureau en acajou, regarde le plafond, la fenêtre, la porte en acajou, le cadre au mur de gauche, l'aquarium d'Hortense, le tapis, la table, la machine à café, danse le boogie-woogie, fait le tour de lui-même, et il va en avant.
Soudain, l'envie lui prend de faire des affaires: il saisit le combiné du téléphone, appuie élégamment sur une série de touches, porte l'appareil à son oreille, se racle la gorge, et parle.
"Varda? Varda? Mais répondez! Je vous paie pour que vous me répondiez! C'est votre travail! Où êtes-vous?"
Pas de réponse. Il compose un autre numéro, et recommence son manège.
"Jon? Jon? Où est Varda? Et où êtes-vous donc? Répondez-moi!! Je vous paie pour cela! Vous êtes mon assistant, ne l'oubliez pas! Mais répondez, à la fin!!"
Il raccroche, se lève de son séant, agite ses jambes et va vers l'aquarium d'Hortense.
"Hortense, ma chérie... mon cher petit piranha adoptif... peux-tu me dire où sont donc passés ma secrétaire et mon assistant? Que puis-je faire, moi, un homme d'affaires parmi tant d'autres, seul au 58ième étage d'un immeuble à étages, sans personne pour corriger ses fautes d'ortographe, pour polir ses chaussures, pour repasser ses cravates? Je n'ai plus personne, Hortense! Il ne me reste que toi, toi, le poisson, toi qui mangerais la main qui te nourrit! Que dois-je faire, Hortense? Hein? Qu'ai-je donc fait au bon dieu pour qu'il m'accable de cette solitude? Je suis un homme d'affaires! Je suis important! C'est inacceptable!"
Bumblesmith essuie une larme, puis une autre; enfin il éclate. Il ressemble à une fontaine pathétique, ses yeux coulent comme de l'encre de chine, il arrose les alentours de ses larmes, des vraies de vraies: des larmes d'homme d'affaires.
"Hortense! Tu me comprends? Que vais-je faire? Pourquoi moi? Ma douce bouchée de pain frais du matin, ma rose des vents, mon sorbet adoré, MA ZAZA m'a largué pour un minable vendeur d'assurances de chez Swanton, Trenton, Brandon, Durdon, Preston, Milton et ass! Tu te rends compte, Hortense? De chez Swanton, Trenton, Brandon, Durdon, Preston, Milton ET ASS!!! Et moi, là-dedans? Que suis-je? Un bouchon? Un cure-dents? Et comme si c'était insuffisant, mon assistant et ma secrétaire disparaissent - en plein milieu de leur journée de travail! Tout le monde me délaisse, Hortense! Il n'y a plus que toi dans ma vie! Toi, un piranha! Un poisson! Un vulgaire et stupide POISSON!!!"
Au même moment où Monsieur Bumblesmith hurle le mot "POISSON!!!", Jon entre en trombe dans le bureau.
Les deux hommes restent immobiles, étonnés, se dévisageant l'un et l'autre, un peu comme si l'auteur était en train de réfléchir à ce qui allait se produire suite à cette situation complexe.
Bumblesmith, les joues toujours humides, court se jeter dans les bras étonnés de Jon.
M. Bumblesmith: "Jon? Jon? C'est bien vous?"
Jon: "Oui... que... tout va bien, Monsieur Bumblesmith?"
Bumblesmith replace ses cheveux ébouriffés, essuie ses larmes salées, redresse sa chemise plissée, ajuste sa cravate déplacée, mouche son nez bouché, racle sa gorge obstruée et tente de retrouver sa dignité - qu'Hortense a probablement mangé.
M. Bumblesmith: "Ahem! Oui, euh, oui, tout va bien! Tout est au mieux! Et vous! Cela va-t-il?"
Jon: "Certainement."
M. Bumblesmith: "Votre travail avance-t-il?"
Jon: "Assurément."
M. Bumblesmith: "Progresse-t-il?"
Jon: "Effectivement."
M. Bumblesmith: "Achève-t-il?"
Jon: "Possiblement."
M. Bumblesmith: "Continuera-t-il?"
Jon: "Évidemment."
M. Bumblesmith: "Plaît-il?"
Jon: "Vous dites comment?"
M. Bumblesmith: "Quoi?"
Jon: "Que voulez-vous dire par "plaît-il"?"
M. Bumblesmith: "Je ne sais trop..."
Jon: "Mais pourquoi dire cela, alors?"
M. Bumblesmith: "Parce que j'entends toujours mes confrères user de cette jolie expression... et que je dois, en tant qu'homme d'affaires certifié, évoluer et m'adapter aux nouvelles us et coutumes de la profession! Vous ne trouvez pas que cela sonne tout à fait divin? Plaît-il?"
Jon: "Je suppose que oui!"
M. Bumblesmith: "Ne supposez pas, que diable! Vous êtes en affaires, alors affirmez!"
Jon: "Oui, Monsieur, tout à fait, absolument, affirmatif, je le concède!"
M. Bumblesmith: "Voilà qui est beaucoup mieux! Maintenant, où est Varda?"
Jon: "Justement, c'était là la raison de ma visite..."
M. Bumblesmith: "Quoi donc?"
Jon: "Elle n'est plus là."
M. Bumblesmith: "Est-elle malade? Occupée? Retenue à l'extérieur? Blessée? Morte? Chez le médecin? Chez le dentiste? Dans son bain? Sous la douche? Au supermarché? À la banque? Dans un garde-robe? Enlevée par un malfrat du pétrole?"
Jon: "Je... je ne sais pas."
M. Bumblesmith: "Elle n'a pas laissé de note?"
Jon: "Non."
M. Bumblesmith: "Rien?"
Jon: "Rien du tout."
M. Bumblesmith: "Rien?"
Jon: "Négatif: et je suis positif là-dessus."
M. Bumblesmith: "Positif? Alors elle a laissé quelque chose!"
Jon: "Non, je suis positif sur le fait que oui, c'est négatif."
M. Bumblesmith: "Néga-posi-que-de-quoi?!?"
Jon: "Bref, en outre, pour conclure, elle n'a strictement rien dit ni écrit à ce propos."
M. Bumblesmith: "Rien du tout?"
Jon: "Rien du tout."
Où est encore passée Varda? L'histoire se répétera-elle, ou sera-t-elle différente? Zaza Veralda a-t-elle du plaisir avec son vendeur d'assurance de la firme Swanton, Trenton, Brandon, Durdon, Preston, Milton et ass? Monsieur Bumblesmith a-t-il besoin d'aide psychiatrique? Où Jon a-t-il appris tous ces adverbes? Hortense a-t-elle compris quelque chose à toute cette histoire? Plaît-il?
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