Épisode 25 - Plastique fondu



La semaine dernière: Monsieur Bumblesmith(un homme d'affaires occupé) cherche éperdument Varda(ou est-ce Parda?) dans les ruelles de Nolywood(qui sont pleines de jolis déchets); il ne trouve qu'un vieillard sénile(qui n'est pas truqué) et une ex-star de cinéma(qui répond au nom de Patrick Pwayzie). En échange de café(un sucre, deux crèmes) et de vêtements neufs(deux souliers, un complet, une cravate), ce dernier accepte d'aider Monsieur Bumblesmith(un homme d'affaires occupé) à chercher sa secrétaire perdue(si c'est bien elle).

Les gens ont mangé du maïs soufflé. Ils ont pleuré de joie. Ils ont ri de tristesse. Ils se sont levés. Ils ont applaudi. Puis ils sont sortis, laissant derrière eux le vide, le silence ainsi que moult déchets alimentaires.

D'un côté de la salle, il y a une large toile servant d'écran; de l'autre, une petite ouverture où pointe un projecteur. Si l'on regarde dans cette petite ouverture, on peut également voir une salle, la salle de projection, là où nul spectateur n'a jamais mis le pied.

Dans cette salle, une cohorte de gens riches et acteurs accompagnent une cohorte de gens riches et producteurs pour un cocktail. Une immense bannière orne la salle, sur laquelle on peut lire, en grosses lettres clinquantes, "Le Retour de La Suite 2: Billet d'Or". Réunis sous la bannière, les gens trinquent, clinquent, rigolent, s'affolent, ingurgitent, dégurgitent, régurgitent, réingurgitent: en somme, un cocktail nolywoodien typique. Cent litres de diverses liqueurs pour cinquante personnes diverses. Une petite fête, quoi. Une toute petite fête. Une fêtelette, tout au plus.

Quelques heures coulent à grands flots et s'évaporent; puis tout le monde quitte la fête, dans divers états - état d'ébriété, état d'ivresse ou état de nuire, c'est selon. Les lumières s'éteignent, sauf une, qui continue d'éclairer obstinément: sous cette lumière irréductible se trouve nulle autre que Parda Peralda, dans toute sa splendeur et dans tous ses implants.

Elle est radieuse, à peine ivre, en extase; elle expire un peu d'air de sa bouche gonflée de collagène. "Quelle puanteur!", se dit-elle à elle-même; "on dirait un mélange de transpiration, de fromage fondu et de mauvais parfum... Mais, ah, si c'est là l'odeur de ceux qui occupent le Panthéon des gens riches et acteurs, alors je suis prête à dire que c'est l'odeur la plus sublime que j'ai sentie de mon vivant! Hum, que cet endroit pue bon!" Et elle inspire et expire à grandes bouffées, avec un dégoût divin mêlé d'une joie divine.

Quelques respirations plus tard, Jon Von Vaughn entre en scène, laissant poindre entre ses lèvres légèrement écartées quelques dents de 14 carats.

Jon Von Vaughn: "Excellent, excellent..."
Parda: "Les nouvelles sont bonnes?"
Jon Von Vaughn: "Comme je le disais, les nouvelles sont excellentes!"
Parda: "Et quelles sont ces nouvelles?"
Jon Von Vaughn: "Je viens à l'instant de lire dans le magazine Égo-Vedettes que mon film est in."
Parda: "In?"
Jon Von Vaughn: "Oui, in. In comme dans "populaire"; in comme dans "branché", "cool", "dans le vent"; in comme le golf miniature, le feng shui et le bacon à l'érable."

Parda saute de joie en battant des mains comme une divine gamine.

Jon Von Vaughn: "Mais il y a un problème. C'est que..."
Parda: "Un problème?"
Jon Von Vaughn: "Oui, un problème. Voilà..."
Parda: "Lequel?"
Jon Von Vaughn: "Le problème, c'est vous. J'ai..."
Parda: "Moi?"
Jon Von Vaughn: "Oui, vous! Ne faites pas semblant, vous m'avez compris! Alors..."
Parda: "Non, en fait je ne comprends rien."
Jon Von Vaughn: "C'est pourtant simple: je vais vous expliquer. Le..."
Parda: "Expliquez."
Jon Von Vaughn: "J'expliquerai quand vous cesserez de m'interrompre! Je disais donc..."
Parda: "Ah oui. D'accord."
Jon Von Vaughn: "D'accord? Je viens de..."
Parda: "D'accord. Expliquez."
Jon Von Vaughn: "Expliquer? Mais où en étais-je? Ah oui..."
Parda: "Je ne sais pas."
Jon Von Vaughn: "Vous le saurez bientôt."
Parda: "J'ai hâte."
Jon Von Vaughn: "Vous avez tort."
Parda: "Qui sait si j'ai tort?"
Jon Von Vaughn: "Moi."
Parda: "Vous, vous savez que j'ai tort?"
Jon Von Vaughn: "En effet."
Parda: "Et pourquoi ai-je tort?"
Jon Von Vaughn: "Parce que vous êtes out."
Parda: "Out?"
Jon Von Vaughn: "Selon Égo-Vedettes, vous êtes out."
Parda: "Out, moi?"
Jon Von Vaughn: "Out comme le vert pâle, le ping-pong et le thon en conserve."
Parda: "Out comme le rouli-roulant, la chlamydia et les ustensiles en bois?"
Jon Von Vaughn: "Out comme les salopettes, les fusions municipales et le rouge à lèvres."
Parda: "Oh non!"
Jon Von Vaughn: "Vous voyez bien que vous aviez tort d'avoir hâte?"

Elle se jette à genoux et laisse couler des larmes divines baignées de mascara divin.

Parda: "Mais que va-t-il m'arriver?"
Jon Von Vaughn: "Ce qui arrive à tous ceux qui sont out: la déchéance."
Parda: "Oh non!"
Jon Von Vaughn: "C'est une loi inébranlable et immémoriale que celle-ci: si les chemises à carreaux, par exemple, deviennent soudainement out, il n'est pas dit qu'elles ne redeviendront jamais in un jour ou l'autre; mais lorsqu'il est question d'une personne riche et actrice, alors c'est une toute autre histoire, surtout si, comme vous, elle ne fût jamais in de sa vie! Cela est triste, mais cela est dans l'ordre des choses. Cela est, voilà tout."
Parda: "Oh non!"
John Von Vaughn: "Vous êtes maintenant condamnée à vendre des exerciseurs révolutionnaires, des remèdes miracles et des machines à cuire le poulet dans des infopublicités, à être en vedette dans des films de série D qui sortiront directement sur vidéocassette et que personne ne visionnera, à vous trémousser dans des romans-savons minables jusqu'à la fin de vos jours!"
Parda: "Oh non!"
John Von Vaughn: "On ne peut rien y faire."
Parda: "Rien?"
John Von Vaughn: "Absolument rien."
Parda: "Oh non!"
John Von Vaughn: "Vous m'excuserez, mais je dois maintenant prendre l'avion pour le Nouveau Jersey."
Parda: "Oh non!"
John Von Vaughn: "Qu'y a-t-il de mal au Nouveau Jersey?"
Parda: "Oh, rien. Je suis encore sous le choc, je crois."
John Von Vaughn: "Je suis désolé pour vous. Bonsoir."

Et Parda Peralda reste seule sous l'unique lumière, abandonnée à sa vie de star déchue, de star d'un soir, out comme les sapins de noël, l'électricité statique et le lait maternel, out comme les fruits en plastique, out comme la pluie et le beau temps. Elle quitte les lieux, plus riche de quelques millions de dollars, de quelques implants en plastique et de quelques rêves éteints. Elle laisse derrière elle la lumière qui continue obstinément d'éclairer la salle vide.

Que deviendra Parda maintenant qu'elle est out comme les fleurs séchées, les somnifères et le papier d'aluminium? Que fera-t-elle de ses millions de dollars, de ses implants en plastique et de ses rêves éteints? Vendra-t-elle des exerciseurs révolutionnaires et des machines à cuire le poulet? Sera-t-elle en vedette dans des films de série D? Se trémoussera-t-elle dans des romans-savons minables? Toutes ces réponses? Aucune de ces réponses?

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