Épisode 24 - Ruelle lascive



La semaine dernière: Pendant que Jon Sweetpickle, Steve Gruelburger et Président d'Admérie visitent les locaux qui sont appelés à devenir ceux de Sweetpickle et Ass., une certaine quantité de gens au cerveau léger débarquent en Tsébérie, sous le regard grave et silencieux d'un garde stoïque et sous le regard lubrique et inconscient d'Anmar Illogique.

Monsieur Bumblesmith parcourt à toutes jambes les rues de Nolywood, de gauche à droite et de droite à gauche, de large en long et de long en large, à la recherche de sa secrétaire perdue. Retrouvera-t-il un jour Varda Veralda, retrouvera-t-il celle qui répondait au téléphone avec une élégance incomparable, celle qui préparait un si délicieux café, celle qui dactylographiait si allègrement avec ses doigts fins et garnis de faux ongles? Ou ne trouvera-t-il que cette étrange Parda, cette gonzesse aux seins refaits qui se pâme devant Pruce Pillis et se cache devant les zombies mutants extraterrestres?

Il tente d'intercepter les multiples passants: "Madame? Monsieur? Et cetera? Quelqu'un? N'importe qui?" Il interroge les messieurs, les dames, les dames qui ressemblent à des messieurs, les messieurs qui ressemblent à des dames, les vieillards à bicyclette, les patineuses à roulettes, les adolescents à trotinette, la quadragénaire avec ses trois chiens, les frères jumeaux avec des verres fumés, la drag queen sans costume, le clown triste, la majorette retraitée, le pompier asmathique: rien à faire. Personne ne répond, comme si Monsieur Bumblesmith était invisible, comme s'il n'existait pas.

"Mais répondez-moi! Je suis un homme d'affaires important!", crie-t-il.

"Un homme d'affaires? Haha! Vous n'êtes qu'un hypocrite, Monsieur!"

D'où provient cette voix? Bumblesmith regarde aux alentours: cette voix ne semble pas être celle de la quincagénaire stripteaseuse, ni celle de l'humoriste borgne, encore moins celle du prestidigitateur nain. Sur ce trottoir-extra-large d'une rue de Nolywood, tout le monde marche rapidement, ignorant Bumblesmith, ne le regardant même pas, regardant droit devant eux, ne regardant en fait personne.

"Un hypocrite! Haha! Moi, Monsieur, je ne suis pas truqué! Oh non! Haha! Un hypocrite, dis-je!"

Bumblesmith se retourne: cela semble provenir d'une ruelle sombre et miteuse.

"Vous! Êtes! Un! Haha! Hy! Po! Cri! Te! Ha! Ha!"

Il se dirige vers la ruelle sombre et miteuse, d'où émanent effectivement ces insultes. Fouillant dans les déchets d'un resto-disco-cruising-bar-multiservices, un vieil homme gris regarde Monsieur Bumblesmith en s'esclaffant.

Le vieux gris: "Haha! Non, je ne suis pas truqué! Mais vous n'êtes qu'un hypocrite! Vous avez entendu? Un hypocrite!"
M. Bumblesmith: "Je n'étais pas certain de vous avoir compris, mais avec ces quelques précisions, tout est clair. Mais qui êtes-vous, Monsieur, pour m'insulter ainsi?"
Le vieux gris: "Qui je suis, ce que je fais... Que vous importe?"
M. Bumblesmith: "Simple question de curiosité."
Le vieux gris: "Ce n'est pas bien, la curiosité. L'hypocrisie non plus, d'ailleurs. Hypocrite!"
M. Bumblesmith: "Cessez de dire ce mot!"
Le vieux gris: "Et pourquoi cesserais-je?"
M. Bumblesmith: "Parce que vous m'emmerdez, voilà pourquoi!"
Le vieux gris: "Rien ne vous empêche de partir."
M. Bumblesmith: "Oui, mais..."
Le vieux gris: "Mais?"
M. Bumblesmith: "Mais... mais..."
Le vieux gris: "Maismais? Haha! Quelle saleté d'hypocrite à cravate! Je ne suis pas truqué!"
M. Bumblesmith: "Assez! Je ne suis pas hypocrite!"
Le vieux gris: "Haha! Hypocrite!"
M. Bumblesmith: "Mais arrêtez!"
Le vieux gris: "H-Y-P-O-C-R-I-T-E!"
M. Bumblesmith: "J'ai dit--"
Le vieux gris: "Hypocrite!"
M. Bumblesmith: "Mais qu'est-ce--"
Le vieux gris: "Haha!"
M. Bumblesmith: "HÉ!!"
Le vieux gris: "Hypo, hypopo, hypocrite! Avec votre foutue valise, votre sordide complet, votre débile cravate, vous vous croyez fort, peut-être? Vous vous croyez important? Vous croyez que ce que vous faites est bon? Vous croyez peut-être que vous aidez le monde à rouler dans le bonne direction? Moi, je vous le dis, Monsieur: non seulement vous êtes hypocrite, non seulement vous êtes complètement ridicule, mais vous êtes truqué! Truqué! Haha! Et ce n'est pas tout. Sachez, espèce de..."

"Allez, laisse-le tranquille, maintenant! Il ne mérite pas cela!"

Surgit de la ruelle un autre clochard, qui ressemble vaguement à un acteur qui jadis fut adulé de tous, et dont on n'a point entendu parler depuis des lustres.

"Allez, Troy, déguerpis avant que j'avertisse le portier!", ajoute-t-il. Et sur ces mots, le vieux gris, qui se nommait Troy depuis tout ce temps, quitte les lieux avec une certaine crainte ainsi que quelques restants de table.

M. Bumblesmith: "Merci, Monsieur. À qui ai-je l'honneur?"

Le clochard enlève son chapeau, esquisse un sourire qui laisse deviner une expérience assez éloquente en la matière de sourire, et déclame son identité de mainère vertueuse: "Monsieur, je me nomme Patrick Pwayzie, et tout l'honneur est pour moi."

M. Bumblesmith: "Patrick Pwayzie!? LE Patrick Pwayzie?"
Patrick Pwayzie: "Lui-même."
M. Bumblesmith: "James Bumblesmith. Ravi de faire votre connaissance... même si cette rencontre est dans une ruelle et que vous me semblez... ma foi... eh bien, vous me semblez pauvre! Comment un homme riche et acteur comme vous peut-il aboutir ainsi dans une ruelle sombre et miteuse de Nolywood, à vivre avec de vieux et séniles clochards?"
Patrick Pwayzie: "C'est une longue histoire."
M. Bumblesmith: "Vous pouvez me la raconter; j'ai tout mon temps."
Patrick Pwayzie: "Non, n'insistez pas, c'est vraiment une très longue histoire."
M. Bumblesmith: "J'insiste."
Patrick Pwayzie: "Mais puisque je vous dis que c'est une longue histoire!"
M. Bumblesmith: "Je crois avoir compris qu'elle est longue; mais pourquoi ne pas la raconter tout de même?"
Patrick Pwayzie: "Vous croyez que je vais raconter cette longue histoire à un étranger rencontré dans une ruelle?"
M. Bumblesmith: "Certes; allons boire un café et parlons-en, alors!"
Patrick Pwayzie: "Je ne suis pas contre, mais on ne me laisserait pas entrer dans un établissement ainsi vêtu!"
M. Bumblesmith: "Je m'en charge."

Ils se dirigent vers un magasin de vêtements chics, qui se situe entre un café-bar-terrasse-sauna-mixte et une bijouterie-cordonnerie-café-bar-pharmacie-internet. Ils entrent, achètent, ressortent: Patrick Pwayzie, hormis quelques cheveux gris, a retrouvé son air des beaux jours, alors qu'il dansait lascivement et faisait de la poterie dans des films avec des actrices dont on ne se souvient guère.

Patrick Pwayzie: "Merci infiniment, Monsieur. Que puis-je pour vous en retour?"
M. Bumblesmith: "J'ai une question à vous poser."
Patrick Pwayzie: "Posez-la."
M. Bumblesmith: "Quel est ce mot de neuf lettres, la troisième étant un P, qui désigne un idiot prétendant être un messie?"
Patrick Pwayzie: "Je ne sais pas."
M. Bumblesmith: "Il semble que personne ne trouvera jamais ce mot."
Patrick Pwayzie: "Oh, après tout, ce n'est qu'un mot parmi tant d'autres!"
M. Bumblesmith: "Vous êtes un sage homme, Monsieur Pwayzie."
Patrick Pwayzie: "En passant, je tiens à vous présenter mes excuses pour le comportement de ce bougre de Troy. Quel était ce mot par lequel il ne cessait de vous insulter?"
M. Bumblesmith: "Hypocrite."
Patrick Pwayzie: "Si je me fie à mes impressions, vous êtes tout sauf un hypocrite!"
M. Bumblesmith: "Merci, mais vous ne m'avez toujours pas aidé, moi qui vous ai payé des vêtements!"
Patrick Pwayzie: "Et quels vêtements!"
M. Bumblesmith: "Oui, ce sont d'excellents vêtements. Un homme riche et acteur ne mérite pas moins que cela!"
Patrick Pwayzie: "Alors, que puis-je faire pour vous aider?"
M. Bumblesmith: "Eh bien, vous voyez, j'avais cette secrétaire, et elle s'est enfuie; je crois pouvoir la retrouver dans les studios du Renard du Vingtième Siècle..."

Monsieur Bumblesmith et Patrick Pwayzie se serrent mutuellement la main. Ils entrent prestement dans un taxi-restaurant-café-bar-studio-confiserie, et partent à vive allure vers les studios du Renard du Vigntième Siècle.

Monsieur Bumblesmith et Patrick Pwayzie retrouveront-ils celle qu'ils cherchent dans les locaux du Renard du Vingtième Siècle? Troy digérera-t-il les restants de table qu'il a trouvé dans les poubelles? Depuis tout ce temps, Hortense le piranha est-il mort? Comment un pompier asmathique fait-il pour travailler? Quelqu'un trouvera-t-il un jour ce foutu mot de neuf lettres?

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