
Épisode 18 - Le gentier
La semaine dernière: Dans la Maison Peinte en Blanc, le Président d'Admérie pleure, pendant que des déménageurs sortent les meubles de sa chambre: Greg Widebouche est déclaré vaiqueur des élections, et est le nouveau Président d'Admérie.
"Foutue lumière bleue!", crie Jon Sweetpickle.
"Ne crie pas si fort, le garde pourrait nous entendre et venir par ici!", murmure Steve Gruelburger.
Dans une prison d'Admérie, Jon et Steve se tiennent debout. Pierre Pilot, leur compagnon de cellule, se tient couché devant eux. Jon et Steve discutent de choses et d'autres. Pierre Pilot ne les écoute pas, il ne parle pas, il ne rigole pas, il ne bouge pas, il ne respire pas: bref, il ne vit pas. Mais de quoi est-il mort? D'une étrange lumière bleue?
Jon et Steve chuchotent.
Jon: "Mais c'est quoi cette lumière bleue, à la fin?"
Steve: "J'aimerais bien le savoir! Tout ce que je sais, c'est qu'on voit une lumière bleue, on entend "wou", on lit "ils arrivent" sur un bout de papier, ou on voit quelqu'un mourir. Que dire de plus?"
Jon: "On est dans la merde."
Steve: "Tu es dans la merde toi aussi!"
Jon: "Oui, c'est bien ce que j'ai dit."
Steve: "Non, tu as dit "on", et comme on sait, "on" exclut la personne qui parle."
Jon: "Quoi?"
Steve: "Il te fallait dire "nous" plutôt que "on"."
Jon: "Un faiseur de boulettes ne m'apprendra pas à parler!"
Steve: "Un unijambiste manchot ne me dira pas quoi faire!"
Le garde surprend les deux prisonniers en train de se tirailler à voix basse.
Le garde: "Chela... cela va, messieurs?"
Jon: "Oui, cela va."
Steve: "Cela ne pourrait guère aller mieux."
Le garde: "Vous vous moquez."
Jon: "Certes."
Steve: "Cela irait bien mieux si nous n'étions pas enfermés pour rien!"
Le garde: "Qui vous dit que chela... cela est pour rien?"
Jon: "Nous le savons, c'est tout."
Steve: "Voilà qui est bien dit! Garde, prenez note que nous sommes des hommes bien mis, et qui savent quand il faut dire "nous" et quand il ne faut pas dire "on"!"
Le garde: "Je ne vois pas pourquoi je noterais che... cela: il existe bien des meurtriers qui chont des génies, alors pourquoi pas des meurtriers qui disent "nous" au lieu de "on"?"
Jon: "Nous ne sommes pas des meurtriers!"
Steve: "Et nous sommes tout aussi capables, s'il le faut, de dire "on" au lieu de "nous"!"
Le garde: "Chi vous le dites. Mais pourquoi chochotiez-vous donc?"
Jon: "Chochotiez?"
Steve: "Je vous demande pardon?"
Le garde: "Oh, dégeolé... je veux dire, désolé! Je disais: pourquoi chocho... cho... choutoché... chit... vous chavez ce que j'ai dit!"
Jon: "Non, nous ne le savons pas."
Steve: "En fait, il voulait dire: "on" ne le savait pas."
Le garde: "Ch'il-vous-pleu... vous-plaît! Donnez-moi donc une chanche!"
Jon: "Que vous arrive-t-il? Il me semble que vous étiez bien plus éloquent la dernière fois que l'on vous a vu."
Steve: "Beaucoup plus, en effet."
Le garde: "J'ai... je... eh bien, ne le dites à personne, mais je... j'ai perglu mon gentier."
Jon: "Quelle situation absurde!"
Steve: "J'ai l'impression que cette discussion ne mènera nulle part."
Jon: "N'est-ce pas ce que nous voulons?"
Steve: "Je suppose que oui..."
Le garde: "Que dites-vous là, vous gueux?"
Jon: "Nous ne sommes pas gueux!"
Steve: "Il essaie de dire: "On" n'est pas gueux."
Jon: "Nous!"
Steve: "On"
Jon: "Nous!"
Steve: "On!"
Le garde: "Beu imborte! Mais, j'y penche... gue fait notre ami Bierre Bilot étengu chur le chol, au blancher, par teurre?"
Jon: "Il dort."
Steve: "Il ronflait il n'y a pas cinq minutes."
Le garde: "Che bois. Che veux gire, che boi... BOIS! Gorgel de guergue!"
Le garde, visiblement incapable de prononcer convenablement un mot de plus, détale au loin.
Jon: "J'ai perdu une main, puis une jambe; mais comme je plains cet homme qui a perdu son gentier!"
Steve: "Et moi, comme je plains ce pauvre petit prisonnier pédophile qui ne pourra plus poursuivre ses péripéties de petit prisonnier pédophile, et ce perpétuellement!"
Jon: "Il faut convenir que la phrase que tu viens de dire serait imprononçable sans gentier!"
Steve: "Sans doute; mais que faire avec ce Pierre Pilot mort?"
Jon: "Il est mort avant d'avoir perdu son gentier."
Steve: "C'est une chance pour lui; mais dieu a voulu qu'il aille à la rencontre de la lumière bleue, et c'est peut-être bien pire."
Jon: "Peut-être cette lumière ne s'attaque-t-elle qu'aux gens qui n'ont pas de gentier?"
Steve: "Veux-tu bien la fermer avec ces pathétiques blagues de gentier?"
Jon: "J'essayais de détendre l'atmosphère, voilà tout..."
Steve: "Je te signale qu'il y a un cadavre mort devant nous, alors tes blagues de gentiers tu sais ce que tu peux en faire..."
Jon: "Ne parle pas trop fort, surtout quand tu dis "cadavre mort"!"
Le garde revient, avec un léger sourire dépourvu de gentier.
Le garde: "Gue digiez-vous?"
Jon: "Rien."
Steve: "Cet homme faisait une blague de très mauvais goût."
Le garde: "Oh! Ragontez-moi! J'agore les blagues!"
Jon: "Je ne saurais la conter à nouveau."
Steve: "De toute manière, elle n'est pas vraiment drôle."
Le garde: "Choyez gentils, dites guand même!"
Steve: "Non."
Jon: "Je n'en ai plus envie."
Le garde: "Beu imborte. Je viens vous apporter une grangue nouveulle: vous êtes tous les gueux ligres!"
Jon: "Ai-je bien entendu?"
Steve: "Avons-nous bien ouï?"
Le garde: "Oui, vous avez bien ouï: la juchetice a déchidé de vous liguérer! Benez avec moi!"
Jon: "Nous benons, nous benons..."
Steve: "Laissons-là ce Pierre Pilot... oui, laissons-le dormir..."
Que feront Jon et Steve Gruelburger, maintenant qu'ils sont libres? Le garde retrouvera-t-il son gentier? Jon fera-t-il d'autres blagues, et seront-elles aussi mauvaises? Doit-on dire "nous" au lieu de "on"? Quelqu'un finira-t-il par essayer de réveiller Pierre Pilot?
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