
Épisode 12 - Et pourquoi pas?
La semaine dernière: Dans la Maison Peinte en Blanc, sous le regard avide des caméras de GNN, débute un débat endiablé où l'on débite des diableries débiles. Ce débat oppose le candidat des Rouges, Greg Widebouche, au champion défendant, le Président d'Admérie, qui représente les Bleus.
Pendant ce temps, Jon arpente les rues d'une ville d'Admérie. Il est sobre mais en sueurs, ayant marché pendant assez longtemps. Il regarde à gauche, il regarde à droite; et pourtant, il ne s'apprête pas à traverser une rue. Il regarde en haut, il regarde en bas; et pourtant, il n'y a aucune femme de sept pieds devant lui. Il regarde dans tous les sens; et pourtant, il ne voit rien.
Jon: "Le Père Noël... "Il faut adorer le seul et unique Dieu", qu'il disait... "L'essentiel est invisible", qu'il poursuivait... "Could you spare me some beer money?", qu'il terminait... Mais où est donc Dieu? Dieu? Où es-tu? Qui es-tu? Que fais-tu? Comment le fais-tu? Tu es tout, tu es partout, mais n'as-tu donc pas d'oreilles pour m'ententdre? D'yeux pour me voir? De mains pour me fermer la gueule?"
Jon se frappe le front du revers de sa main plastifiée.
Jon: "Dieu, tu es invisible! Mais si tu es invisible, que tu ne m'entends pas, que tu ne me vois pas, que tu ne me frappes pas, à quoi sers-tu donc? Donne-moi donc une réponse, Dieu! Donne-moi un signe, n'importe quoi! Dieu? Allez, Dieu! Manifeste-toi, ne serait-ce que cette fois-ci, ne serait-ce que pour le pauvre Jon Sweetpickle!"
Comme on sait, chaque fois qu'un personnage de roman dit une telle phrase, Dieu ou quelqu'un d'autre se manifeste à l'instant: mais est-ce bien là l'oeuvre de Dieu? Et que dire de l'auteur? En prenant la décision d'envoyer un signe au pauvre personnage qui demande Dieu, ne présente-t-il pas une image outrageusement démesurée de lui-même?
Jon: "Dieu! Dieu! DIIIEEEUUU!!!"
Pas de réponse.
Jon: "Di-di-deli-di'YEU!"
Toujours rien.
Jon: "Dieu..."
Une voix: "Wou..."
Une faible lueur bleue émane d'une ruelle non loin de là.
Jon: "Dieu?"
La voix: "Wooouuu... wou..."
Jon: "Est-ce vous, mon sauveur? Si c'est vous, je vous jure de redevenir un gentil petit chrédule pratiquant!"
La voix: "Wou!"
Jon: "Ouille!"
D'où provient ce "Ouille"? De la bouche de Jon. Quelle en est la raison? Pour manifester une douleur. Quelle est cette douleur? La douleur qui résonne dans la tête de Jon, après avoir percuté une autre tête qui passait par là. Quelle autre tête? Celle d'un jeune homme de dix-huit ans. Quel jeune homme? L'ex-MecCommis 224, Steve Gruelburger.
Jon: "Ça va pas, non? Regardez où vous allez!"
Steve Gruelburger: "Et vous, regardez où vous vous tenez!"
Jon: "Sachez que vous venez, jeune insolent, de me faire rater une rencontre importante!"
Steve Gruelburger: "Ah oui? Et avec qui?"
Jon: "Avec Dieu en personne!"
Steve Gruelburger: "Dieu?"
Jon: "Oui, Dieu! Le seul et unique Dieu!"
Steve Gruelburger: "Laissez-moi rire! Et qu'est-ce qui vous fait croire, jeune éclopé, que vous alliez rencontrer dieu?"
Jon: "Une lumière bleue et une voix."
Steve Gruelburger: "Et vous croyez vraiment que cette voix et cette lumière proviennent de dieu?"
Jon: "Et pourquoi pas?"
Steve Gruelburger: "Parce que j'ai vu cette lumière, entendu cette voix, et qu'elles n'ont rien à voir avec quelque dieu."
Jon: "Et pourqoi pas?"
Steve Gruelburger: "Parce que dieu ne hante pas le conteneur à déchets d'une succursale MecBurger."
Jon: "Et pourquoi pas?"
Steve Gruelburger: "Parce que dieu ne tue pas de vieillards qui mangent des MecBurgers Doubles avec Bacon."
Jon: "Et pourquoi pas?"
Steve Gruelburger: "Parce que j'ai dit!"
Jon: "Oh, je vois..."
Steve Gruelburger: "Sauvons-nous vite, maintenant, avant que cette foutue lumière bleue, peu importe ce qu'elle est, ne nous tue nous aussi."
Jon: "Quoi?"
Steve Gruelburger: "Sauvons-nous vite!"
Jon: "Mais pourquoi?"
Steve Gruelburger: "Je viens de vous le dire. Êtes-vous aussi amputé des oreilles? Il faut partir pour éviter que cette foutue lumière bleue ne nous tue, comme elle a tué ce vieillard!"
À cet instant, le silence envahit la rue. Même le bruit des voitures qui passent s'est arrêté. En fait, toute la scène est immobile, un peu comme si Dieu(ou, si vous préférez, l'auteur) se demandait où donc ira cette histoire sans rime ni raison.
Jon: "Une lumière qui tue?"
Steve Gruelburger: "Oui, une lumière qui tue."
Jon: "Comment est-ce possible?"
Steve Gruelburger: "Puisque je l'ai vu."
Jon: "Si vous voulez mon avis, tout cela semble très suspect."
Steve Gruelburger: "Mais c'est ce qui s'est passé!"
Jon: "Et vous croyez que l'on vous croira?"
Steve Gruelburger: "Euh..."
Jon: "Vous êtes peut-être un bon meurtrier, qu'en sais-je? Mais vous êtes un très mauvais menteur!"
Steve Gruelburger: "Moi, un menteur? Moi, un meurtrier? Mais pas du tout!"
Jon: "Un très mauvais menteur! Qui donc serait assez imbécile pour inventer une histoire à propos d'une lumière bleue qui tue?"
Steve Gruelburger: "Je n'en sais rien, car je n'en suis pas l'inventeur! Ce que je sais, par contre, c'est que je ne suis ni menteur, ni meurtrier! Je vous le demande, ai-je l'air d'un meurtrier?"
Jon: "Je n'en suis pas certain. Mais vous avez travaillé chez MecBurger, ce qui n'est guère mieux!"
Steve Gruelburger: "J'en conviens: c'est pourquoi j'ai jeté mon uniforme dans une flaque de boue."
Jon: "Eh bien, ami meurtrier, sachez que moi aussi, j'ai abandonné mon emploi! Bienvenue dans le club!"
Steve Gruelburger: "Ami meurtrier? Mais je me tue à vous dire que je ne suis pas meurtrier!!"
Jon: "C'est ce qu'ils disent tous."
Steve Gruelburger: "Et ce n'est pas pour rien qu'ils le disent! Sachez, cher chômeur unijambiste manchot, que--"
Une voix: "Wou!"
Jon: "Dieu? Est-ce enfin vous?"
Steve Gruelburger: "Putain de MecMerde, ça recommence..."
Ce "wou", cependant, ne ressemble en rien aux précédents, car ce "wou" provient d'une sirène; de plus, il n'est pas accompagné d'une seule lumière bleue, car celle-ci côtoie une lumière rouge dans un gyrophare. Le tout se trouve sur le toit d'une bagnole blanche, de laquelle sortent deux types en uniformes noirs, qui gueulent "Haut les mains!".
Dans d'autres circonstances, comme on sait, "Haut les mains!" est une phrase qui invite des vacanciers à danser frivolement sur une plage quelconque. Mais ces G.O. ne sont pas de Gentils Organisateurs; ce sont plutôt de Grotesques Officiers, qui pointent leurs fusils sur les personnes de Jon et de Steve Gruelburger. L'un des deux G.O. entonne une petite ritournelle:
"Steve Gruelburger, vous êtes en état d'arrestation pour le meurtre sordide d'Ernest Poppernickel. Et vous, monsieur l'unijambiste manchot, vous êtes en état d'arrestation pour complicité de meurtre!"
Jon: "Moi? Mais je--"
Le G.O.: "Tout ce que vous direz sera retenu contre vous, alors fermez-la! Vous avez droit à un appel, à un avocat et à un repas gratuit, à l'achat d'une boisson gazeuse format régulier. Veuillez présenter les mains, afin que nous y apposions les menottes, et veuillez nous suivre gentiment dans la voiture. N'ayez crainte, nous vous conduirons en sûreté, c'est-à-dire derrière les barreaux du poste de police de la Sûreté."
Sous la très convaincante influence des armes à feux, Jon et Steve Gruelburger entrent dans la voiture blanche aux lumières rouges et bleues. La voiture démarre en faisant crisser les pneus, brûle un feu rouge, frôle un piéton, et roule vers les quartiers généraux de la Sûreté d'Admérie.
Que deviendront Jon et Steve Gruelburger? Seront-ils reconnus coupables d'un meurtre qu'ils n'ont pas commis? Les policiers voudront-ils croire l'histoire de la lumière bleue? Qui donc croirait une histoire aussi invraisemblable? Quel idiot donc aurait idée d'imaginer une telle histoire? Où est Dieu dans tout cela?
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