
Épisode 8 - Juste à temps pour Pâques
La semaine dernière: Dans un bureau de Rhabie, Zaouf El Maouf et Varda ont une interminable discussion sur on ne sait quoi. Mais pendant ce temps, que se passe-t-il à l'Hôpital du Coeur Rapiécé?
Julio Fremeda, sous un silence si lourd que même un son ne saurait l'ébranler, approche tranquillement, au ralenti, le briquet qu'il tient dans sa main gauche de la cigarette qu'il tient dans l'autre main. Il agite le pouce, ce qui active le briquet. Une étincelle jaillit, du gaz s'échappe, il prend feu. La petite flamme embrase le bout de la cigarette, qui se met à rougir. Un mince filet de fumée s'élève dans les airs, effectue une danse macabre - d'autant plus macabre qu'elle est sans musique.
Julio Fremeda fume un bon coup, et expire un victorieux nuage grisâtre, avec dans les yeux un regard sadique.
Deux personnes dans la salle d'attente toussotent. Trois se bouchent le nez. Quatre se frottent les yeux. Cinq minutes plus tard, la cigarette est terminée, partie en fumée.
M. Bumblesmith: "Euh... c'est tout? C'est ça votre menace?"
Julio Fremeda: "..."
M. Bumblesmith: "Et alors? Que faites-vous maintenant?"
Julio Fremeda: "..."
M. Bumblesmith: "N'allez-vous pas nous tuer?"
Julio Fremeda: "..."
M. Bumblesmith: "C'est l'attentat le plus pathétique que j'aie vu de ma vie!"
Julio Fremeda: "..."
M. Bumblesmith: "Vous êtes inoffensif, Monsieur! Ha ha ha!"
Julio Fremeda: "..."
M. Bumblesmith: "HAHAHA!!!"
Julio Fremeda: "..."
M. Bumblesmith: "HAHAHAHAHAHAHAHAHAAAAA!!!"
Julio Fremeda: "*snif*"
M. Bumblesmith: "Ha... ha... eh bien, ouste, maintenant! Nous sommes ici pour nous faire soigner, pas pour attendre pendant des heures et ne rien avoir!"
Julio Fremeda, les bras pendants, sort de l'hôpital, en marmonnant: "Mon arme n'est peut-être pas aussi mortelle qu'on le prétend..."
Et tout le monde, le poumon un peu plus gris qu'avant, tousse un bon coup, oublie ce qui vient de se passer, et se remet à attendre gentiment. Cela devrait être aisé, car une incroyable, intéressante, sympathique, attendrissante et superbement filmée infopublicité défile sur le moniteur couleur de la salle d'attente.
***
Il était une fois, quelque part, dans un magnifique champ de pâquerettes multicolores, un petit lapin blanc nommé Jerry. Il gambadait gaiement dans ce champ avec sa petite soeur toute aussi blanche, Terrie. Les deux couraient joyeusement, par petits bonds et trémoussements successifs, remuant leurs museaux, dandinant leurs popotins, agitant leurs queues touffues et duveteuses.
Comme dans l'histoire d'Hansel et Gretel, Jerry et Terrie marquaient leur chemin, pour ne pas se perdre, car ils allaient loin; Jerry prenait bien soin, à chaque deux mètres de distance, de laisser tomber de son derrière une petite boule brunâtre, ce qui leur permettrait, en suivant les susdites boules(à la vue ou à l'odeur) de retrouver le confort de leur terrier.
Après avoir gambadé longuement, Jerry et Terrie rencontrèrent un petit homme barbu, assis sur une souche d'arbre, pleurant.
"Bonjour, jeune lapineaux", leur dit-il.
"Bonjour, monsieur à barbe et à sandales", répondirent les deux lapins, qui avaient appris à parler français pour le besoin de cette histoirette.
"Que faites-vous donc dans cette forêt oubliée?", questionna le barbu.
"Nous gambadons joyeusement, car c'est ce que font les jeunes lapineaux", rétorquèrent les deux petites bêtes au soyeux pelage; "mais vous, monsieur, que faites-vous ici?"
"Eh bien, je suis fils de menuisier, et personne ne veut plus de moi."
"Pourquoi ne veut-on plus de vous? Vous m'avez l'air d'un gentil monsieur", répondit Jerry.
"Peut-être que c'est un méchant monsieur; peut-être même un persécuteur!", trembla Terrie.
"Mais non! C'est que personne ne me comprend plus, depuis que je me suis fait clouer sur une planche de bois", expliqua le monsieur.
"C'est ce qu'on fait aux méchants fils de menuisiers?", demanda naïvement Terrie.
"Mais non, mais non... c'est que, depuis que... tout est arrivé de travers... et puis..."
"De quoi parle-t-il?", demanda Jerry à Terrie.
"Je ne sais pas", répondit Terrie à Jerry.
Le triste barbu continua à marmonner ainsi pendant encore quelques temps, puis subitement s'exclama: "Ah! J'ai trouvé!!! Je sais comment faire pour retrouver l'estime des miens."
Sur ces mots, il se leva sur sa souche, éleva ses bras au ciel, et grommela des mots dont le sens est aujourd'hui oublié des hommes(imaginez ce que devaient y comprendre les deux lapineaux!).
Un nuage de poussière s'éleva, un éclair jaillit du ciel et foudroya la souche! Cela effraya Jerry et Terrie, qui ajoutèrent sur-le-champ de nouveaux points de repère au chemin qu'ils avaient tracé pour arriver jusqu'ici.
La poussière se dissipa, et le barbu était couvert de poils bruns en entier; ses yeux se coloraient de noir, ses jambes rapetissaient et pliaient dans le mauvais sens, sa robe blanche se déchirait. Quelque chose d'incroyable se produisait devant les jeunes lapineaux: le barbu à sandales était en train de se transfigurer en un lapin brun et géant!
La métamorphose achevée, le grand lapin brun sourit de toutes ses deux dents, et se mit à parler d'une voix profonde et puissante:
"Jerry et Terrie, je vous remercie, car vous m'avez fait voir comment les temps ont changé. Vous êtes joyeux, j'étais triste à voir; maintenant, je vais suivre votre exemple."
Le grand lapin brun courut aux alentours, laissant sortir de son arrière-train velu des oeufs au chocolat, délicatement enveloppés dans des enveloppes d'aluminium multicolores. Il continua ce manège pendant quelques minutes, suivi de Jerry et Terrie qui laissaient eux-mêmes de petits oeufs(qui avaient l'aspect mais non le goût du chocolat).
Soudain, le lapin brun regarda... la caméra, et dit:
"Prenez, et mangez-en tous; ce sont mes oeufs en chocolat au lait pur à 100%, livrés pour vous, juste à temps pour Pâques!"
Cette infopublicité a été retenue et payée par Christian Chocolate Entreprises, Inc.
***
M. Bumblesmith: "Ouf! Si toutes les infopublicités qu'on nous montre sont aussi passionnantes, l'attente sera longue... Oh, mais attendez! Une infopub d'aspirateurs de luxe? Le temps passera peut-être plus rapidement que prévu, après tout..."
Monsieur Bumblesmith et Jon le manchot attendront-ils encore longtemps à l'hôpital? Où en est le dialogue de Varda et de Zaouf El Maouf? Comment peut-on trouver une infopub sur les aspirateurs de luxe intéressante? L'auteur sera-t-il encore aussi occupé la semaine prochaine? Écrira-t-il un épisode moins stupide que celui-ci?
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