Épisode 7 - Prière de ne pas frapper



La semaine dernière: Alors que M. Bumblesmith et Jon-sans-main-gauche attendent à l'hôpital du Coeur Rapiécé, un truand du nom de Julio Fremeda entre en furie et tient tous les patients en otage, au nom du groupe clandestin Les Cercles Verts. Alors qu'il est sur le point d'allumer la cigarette meurtrière avec laquelle il menace ses victimes, nous nous transportons quelque part en Rhabie, dans le 32ième étage d'un immeuble à étages...

Des meubles et une porte en acajou véritable, trois sabres accrochés au mur de gauche, un haut-parleur laissant flotter dans la pièce des airs de cithare: ainsi peut-on décrire le bureau dans lequel nous nous trouvons. Nous pourrions aussi le décrire en parlant d'une grande pièce avec un tapis bleu parsemé de motifs de têtes bovines; nous pourrions tout aussi bien qualifier la décoration de néo-rhabienne; le Président d'Admérie taxerait certainement cette pièce d'outrage à sa grande Admérie.

La porte s'ouvre, pour laisser entrer le nez de Zaouf El Maouf, suivi de sa moustache, de son turban, enfin suivi de tout le reste. La dernière partie d'El Maouf à entrer en scène est son bras gauche, dont l'extrémité est agrippée à Varda, qui entre en titubant. Elle chancelle vers la gauche, se ressaisit, et va atterrir d'une façon confuse sur une chaise en bois, sur laquelle elle s'affaisse dans une position latérale qui n'est pas dépourvue de charme, la jambe gauche en l'air.

Zaouf El Maouf saisit le téléphone, appuie sur une quinzaine de touches, attend.

El Maouf: "Monsieur Kouymol? El Maouf. Oui, nous sommes arrivés... Elle dort. Quoi? Non, je ne l'ai pas droguée. Elle doit être fatiguée, je ne sais trop... Bon, préparez le nécessaire."

Et El Maouf s'agenouille sur son tapis aux motifs bovins, pose les mains au sol, puis la tête, et commence sa prière...

"Notre Bovin, qui êtes aux champs
Que vos quatre estomacs soient sanctifiés
Que vos mugissements viennent
Que votre veau broute dans le foin comme dans l'herbe

Donnez-nous aujourd'hui notre lait de ce jour
Et pardonnez à ceux qui veulent vous rôtir
Et vous saisir entre deux pains au sésame
Ne nous soumettez pas à la tentation
De vous embrocher pour nourrir nos frères affamés
Et délivrez-nous des méchants bouffeurs de viande d'Admériens

Que le Grand Bovin règne sur la mer comme au ciel
Que dans les pâturages broutent ses fils et ses filles

Ainsi soit-il, Ameuh.
"

Varda ouvre l'oeil gauche, le referme, l'ouvre à nouveau. Elle essuie la bave sur sa joue, et ouvre l'autre oeil. Elle relève le sourcil, tourne la tête, ouvre la bouche, baisse la jambe, boutonne sa chemise, et fait vibrer ses cordes vocales pour produire les sons suivants:

"Y'a-t-il un pilote dans l'avion? Qu'est-ce qu'on mange pour déjeuner, maman? De la guitare? C'est beau, ça... Non, Monsieur Bumblesmith, je ne veux pas aller sous votre bureau... Une augmentation? Non, monsieur l'huissier, je ne suis pas là... De l'argent? Vous voulez l'argent? Rien plus simple! Il suffit à vous de joindre les lignes du plus grand compagnie de au monde..."

El Maouf: "Mais qu'est-ce que vous racontez?"
Varda: "AAAH!"
El Maouf: "Quoi?"
Varda: "OH!"
El Maouf: "Hein?"
Varda: "Nooon?"
El Maouf: "Eh?"
Varda: "Pas ça!"
El Maouf: "Pas quoi?"
Varda: "Vous!"
El Maouf: "Moi?"
Varda: "Oui, vous!"
El Maouf: "Quoi, moi?"
Varda: "Vous êtes..."
El Maouf: "Zaouf El Maouf, le Baron du Pétrole."
Varda: "Le Baron du Pétrole?"
El Maouf: "Oui, le Baron du Pétrole."
Varda: "Nooon!"
El Maouf: "Encore non?"
Varda: "Ah, je l'avais déjà dit?"
El Maouf: "Oui."
Varda: "Désolée."
El Maouf: "Et alors?"
Varda: "Alors quoi?"
El Maouf: "Cette crise que vous faisiez..."
Varda: "Ah oui... AAAAAAAH! Au secours!"
El Maouf: "Personne ne peut vous secourir."
Varda: "À l'aide!"
El Maouf: "Personne ne peut vous aider."
Varda: "À moi!"
El Maouf: "Ici, tout est à moi."
Varda: "À vous?"
El Maouf: "Oui, à moi."
Varda: "Ah oui?"
El Maouf: "Ah oui."
Varda: "Oh, je vois."
El Maouf: "Vous voyez?"
Varda: "Oui."
El Maouf: "Ah. C'est bien."
Varda: "C'est vrai, que c'est bien?"
El Maouf: "Oui."
Varda: "Ouf!"
El Maouf: "Ouf?"
Varda: "C'est un soupir."
El Maouf: "Je vois bien, mais pourquoi soupirer?"
Varda: "Parce que."
El Maouf: "Parce que quoi?"
Varda: "Je ne le dis pas."
El Maouf: "Mais enfin!"
Varda: "Nenni."
El Maouf: "Qui est Nenni?"
Varda: "Personne."
El Maouf: "C'est quoi, alors?"
Varda: "Ça veut dire non."
El Maouf: "Au nom du Grand Bovin..."

Mais qu'est-ce que ce dialogue insensé? Se terminera-t-il un jour? Qu'arrive-t-il, pendant ce temps, en Admérie, là où Julio Fremeda menace les poumons roses de Monsieur Bumblesmith, Jon et compagnie? Et c'est quoi cette obsession de l'auteur pour le côté gauche?

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