Épisode 6 - Les Cercles Verts


AVERTISSEMENT
La lecture de cet épisode peut fissurer votre poumon et/ou causer le cancer du cheveu


La semaine dernière: Zaouf El Maouf, à bord de son jet privé avec Varda, sa prisonnière endormie, annonce son arrivée(où? quand? comment? pourquoi? mais où est donc Carnior?) à un certain Monsieur Kouymol. Pendant ce temps, Monsieur Bumblesmith emmène Jon, son assistant manchot, à l'Hôpital du Coeur Rapiécé. Après quelques temps d'attente, un homme fait irruption en gueulant...

"HAUT LES MAINS, C'EST UN PUTAIN DE HOLD-UP!!!"

Tous ceux qui ont encore des mains(et des bras pour les soulever) les lancent en l'air, et les immobilisent par-dessus leur têtes respectives dans une position plus ou moins optimale, car on sait bien que la force des bras est limitée quand il s'agit de garder les mains hautes pendant une période de temps prolongée.

L'homme porte un trench-coat noir, ce qui fait de lui une sorte de tache d'encre, sur le fond totalement blanc qui l'entoure; car dans cet hôpital, comme dans tous les hôpitaux, tout est d'un blanc immaculé, aseptisé, inodore, et cela des murs jusqu'aux costumes de tout le personnel, et même jusqu'à la chèvre broutant dans la cour derrière le bâtiment.

Les mains du malfaisant malfaiteur sont masquées sous les manches de son morbide et macabre manteau.

Quelques secondes se passent dans un silence qui n'est entrecoupé que par les toussements humides et bronchiques d'un vieil homme, qui semble avoir beaucoup de mal à garder les bras en l'air.

M. Bumblesmith, aux yeux et aux aisselles cernées, est le premier à parler: "Un hold-up dans un hôpital? Mais enfin, qu'espérez-vous voler?"
Le malfaiteur: "Devinez, putain!"
M. Bumblesmith: "Eh bien... je ne sais pas, je l'ignore complètement."
Le malfaiteur: "Vous n'êtes qu'un ignorant! D'ailleurs, vous êtes tous putainement ignorants!"
M. Bumblesmith: "Mais quoi? Ignorant? Provenant d'un homme qui braque un fusil dans un hôpital, je ne crois guère à ces accusations! Sachez, par ailleurs, qu'il n'y a aucun argent à voler ici! En fait, s'il existe un endroit dans cette ville où il n'y a pas d'argent, c'est bien ICI!!!"
Le malfaiteur: "Mais je ne viens pas voler votre argent, bordel de putain de putainerie!"
M. Bumblesmith: "Qu'y a-t-il d'autre à voler?"
Le malfaiteur: "Dois-je nécessairement voler quelque putaine de chose?"
M. Bumblesmith: "Mais puisque vous nous menacez de votre fusil, vous devez, par essence, nous forcer à vous remettre quelque chose sous le coup de la menace!"
Le malfaiteur: "Mais qui a parlé de cela? Putain? Qui a parlé de fusil?"
M. Bumblesmith: "Eh!?"

Du coup, le malfaiteur ouvre son trench-coat, ce qui sème l'hystérie générale dans la salle d'attente: tous ceux qui en ont les capacités physiques se ruent sous leurs chaises. Des cris aigus et des crachats pulmonaires retentissent de toutes parts.

Peu de temps après, les patients, ne voyant aucun fusil au bout des mains découvertes de l'homme, commencent tranquillement à se relever.

Les pans de cuir du trench-coat se latéralisent et donnent à voir un chandail blanc, affublé d'un logo ancien, perdu dans la mémoire des âges: un cercle vert, et à l'intérieur, une cigarette verte et boucanante.

La malfaiteur: "Je me nomme Julio Fremeda, et je fait partie d'une organisation puterraine et souterraine nommée Les Cercles Verts. Et ceci est un hold-up!"

Sur le coup, il enfonce les mains dans ses poches, puis les brandit dans les airs: la gauche porte une cigarette, et l'autre un briquet. Les patients, affolés de plus belle, se ruent de nouveau sous les chaises, et les cris de terreur reprennent.

Julio Fremeda: "J'en ai assez! Je ne viens pas pour vous voler votre argent, mais pour vous tuer, tous putainement que vous êtes, avec cette arme mortelle!"

Une volée de "Non!!!" et de "Pitié!!!" s'élève de sous les chaises, et s'envole en battant frénétiquement des ailes; des plumes d'affolement et de panique déferlent dans la salle d'attente de l'Hôpital du Coeur Rapiécé.

Julio Fremeda se racle la gorge, tousse un bon coup, chuinte, et poursuit: "Au nom de tous mes camarades, et de tous les fumeurs en général, je dis: c'en est assez! Putain! On nous a persécutés, torturés, maltraités, nous sommes maintenant vus par l'humanité comme des criminels du coeur, des bêtes sanguinaires assoiffés de poison, des despotes du poumon! Et bien, par la présente, putain de putain, j'affirme, au nom de la confrérie des Cercles Verts: l'heure de notre vengeance boucanante a sonnée! Dès que j'allumerai cette torche maudite, vos petits poumons chéris, vos dents, vos ongles, les murs de cet hôpital, le petit habit de cette putain d'infirmière, le pelage de la putain de chèvre dans la cour arrière: tout tournera au jaune! Un jaune-ocre sublime, symbole ultime de la victoire des Cercles Verts, notre cri toussotant de liberté!"

Personne ne s'en est aperçu, mais pendant le discours de Fremeda, deux émissions de cuisine et quatorze publicités ont déferlé sur les ondes du petit téléviseur noir et blanc de la salle d'attente.

Monsieur Bumblesmith prend un bout de tissu et le dépose sur le visage de Jon, qui est endormi sur une civière.

Julio Fremeda fronce les sourcils, serre les dents, et approche le briquet de la cigarette...

Quel malheur! Quelqu'un saura-t-il stopper ce vilain tueur en série? Qu'arrivera-t-il à Varda et Zaouf El Maouf, dont nous n'avons même pas parlé? Quelqu'un, quelque part, veut-il encore savoir quand la nouvelle porte en acajou arrivera-t-elle?


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