
Épisode 24 - Opération Abdominaux Infinis
La semaine dernière: Jon Sweetpickle, malgré son patron absent(parce qu'il est mort), sa secrétaire kidnappée, son tapis souillé d'un drogué somnolent, malgré sa main en plastique, sa jambe artificielle et son pied mariton, décide de prendre les choses en main et de faire des affaires.
Pendant ce temps, quelque part dans un deux et demi d'Admérie, un certain Greg Widebouche, chômeur et téléphage de profession, est affaissé sur son divan, se délectant de croustilles orangées et fromagées qui tachent ses doigts lubriques. Il observe d'un oeil distant une infopublicité sur son téléviseur, où l'on tente de vendre aux êtres les plus crédules et désespérés un exerciseur révolutionnaire:
le "Super Duper Power Ab Twistroller Ab Swigner Big Bad Voodoo Daddy Ab Ab Ab Bruise Control Device Thing 2000".
Devant les élucubrations d'un médiocre acteur-culturiste-gymnaste à la retraite et les minauderies d'une jeune nymphette de quarante-trois ans, notre bon bougre Greg rit à gorge déployée, expulsant quelques miettes orangées et fromagées, qui vont se déposer et s'incruster sur le tapis brun qui s'étale de tout son long devant lui.
Puis, venu de nulle part, un homme en veston-cravate prend la place des deux vendeurs de bricoles inutiles - au plus grand déplaisir de notre dodu compère - pour annoncer que le Président d'Admérie va, à l'instant, y aller d'une de ses fameuses adresses à la nation!
Sur l'écran, on voit un bureau brun, très joli d'ailleurs, allègrement parsemé de plusieurs petits drapeaux d'Admérie. Le déplaisir de Greg se transforme rapidement en joie attendrie: sur le mur de son salon est accroché un immense drapeau Admérien, identique à ceux qui ornent le bureau à la télé.
Derrière les drapeaux est assis un homme qui descend manifestement du singe: le Président d'Admérie. Il se racle la gorge, regarde à gauche, à droite, se racle à nouveau la gorge, s'éponge le front. Puis un maquilleur entre dans le champ de la caméra pour ajuster le sourcil du Président, afin que l'homme public soit le plus symétrique possible pour son important message livré au peuple admérien.
Le Président: "Ahem... Très chers hommes, femmes, androgynes, minorités et majorités, nains, enfants, adultes consentants ou non, riches et pauvres, avec ou sans sel ajouté, ni une ni deux, et hop, hop, hop, frères et soeurs d'Admérie, disciples du capital, parents protecteurs, chats, chiens, brebis, acteurs, actrices, vedettes, juifs, nègres, blancs, noirs, jaunes, autres, coupables et non-coupables, condamnés, juges, danseuses, pompiers et pompistes d'Admérie... bonsoir.
Je tiens tout d'abord à m'excuser d'interrompre ainsi votre divertissement télévisuel quotidien, grâce auquel vous pouvez tous oublier les vrais problèmes pour vous laisser aller à la contemplation des problèmes de personnages fictifs. Mais l'heure est grave, et comme l'a un jour dit Houston: "Nous avons un problème".
Oui, l'heure est grave, car des pays se sont déclarés la guerre. Et, comme nous voulons conquérir le monde sournoisement sans que cela ne paraisse, il est capital pour notre plus grand intérêt que nous stoppions le carnage qui afflige la Rhabie et le Lèpastorizayh, de la seule manière possible: en détruisant tout.
C'est pourquoi nous avons besoin de vous tous. Je déclare aujourd'hui effective la loi sur les mesures de guerre: c'est-à-dire, pour les ignorants, l'enrôlement obligatoire; pour les imbéciles, cela veut dire que vous devez joindre l'armée sans faute sous peine d'emprisonnement. Il ne s'agit pas de ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous êtes forcés de faire pour votre pays!
En tant qu'habitants d'un pays LIBRE, c'est votre devoir de vous battre dans deux pays où vous n'habitez même pas: vous battre obligatoirement, pour la LIBERTÉ!
LIBERTÉ! LIBERTÉ! LIBERTÉ! Ce mot est si important! C'est pourquoi VOUS devez, coûte que coûte, détruire ces putains d'emmerdeurs de Rhabiens et de Lèpastoriziens, car ils ne vous aiment pas! Ils vous haïssent! Ils vous détestent! Ils ne veulent que vous priver de votre LIBERTÉ de dormir, de manger du boeuf, et de prier votre Dieu! Personne dans ces contrées ne vous aime, amis Admériens! Personne! C'est pourquoi il faut tous les exterminer!!!
Quant à moi, vous pouvez être certains que je vous encouragerai de par ma villa de campagne, où je me prélasserai en parlant de tout et de rien dans mon téléphone cellulaire.
Notre pays est le plus grand pays au monde: cette victoire, nous l'aurons, car nous le méritons bien!
...
...
...
LIBERTÉ!!!
Merci de votre attention."
Greg Widebouche sourit de toutes ses dents restantes, qu'il a par ailleurs orangées et fromagées. Il est heureux, car il pourra - et c'est le rêve de tous les Admériens - faire comme dans les films de guerre, et aller buter ces sales emmerdeurs directement dans leurs pays. Et comme dans les films, il gagnera et deviendra un héros.
Il regarde le drapeau admérien suspendu dans son salon. Il se lève debout, pose la main sur son coeur. Une larme coule: dans cette seule larme est enfermé tout ce qu'il y a de plus ridicule chez les Admériens.
Greg Widebouche ira-t-il à la guerre? Combien de temps pourra-t-il durer avant de s'écrouler sous la fatigue? Que font pendant ce temps les personnages de notre feuilleton? Comment seront-ils affectés par cette guerre? Une jeune nymphette de quarante-trois ans est-elle encore une jeune nymphette? Quelqu'un oserait-il acheter un "Super Duper Power Ab Twistroller Ab Swigner Big Bad Voodoo Daddy Ab Ab Ab Bruise Control Device Thing 2000"?
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