Épisode 18 - Les Veaux des Derniers Jours
(Collaboration spéciale: Chevalier Landry de Vitdor)



La semaine dernière: Pendant que M. Bumblesmith et Zaza Veralda sont occupés, l'infirmière, Jon et Julio Fremeda après avoir attendu longtemps dans un ascenseur bloqué, en sont sortis; non sans avoir auparavant sacrifié un morceau de jambe gauche Jon. Mais pendant ce temps, quelque part dans un pays lointain, M. Kouymol allait faire entrer Varda sous un mystérieux chapiteau...

Pour vous situer un peu, chers amis lecteurs, il est essentiel de dire que nous ne sommes plus en Rhabie, mais un peu plus à l'ouest, en Lèpastorizayh, petit pays qui est (regardez sur une carte) très précisément au sud de Lèk-Aillay et à l'est de Foutranku et d'Aystidtofuh. Les Lèpastoriziens habitent sur un territoire qui faisait autrefois partie de la Rhabie, mais une querelle religieuse a divisé la population -et par la suite le pays- en deux parties: il y a les disciples du Grand Bovin, que nous connaissons déjà; les autres, nous les connaîtrons bientôt, si nous nous donnons la peine de suivre ce cher Kouymol et cette insignifiante Varda sous la tente.

"Varda, chère Varda, dit Monsieur Kouymol non sans une certaine émotion, bienvenue à ce rassemblement des fidèles du Pâturage de la Vache Blanche et des Veaux des Derniers Jours."
Varda: "..."

Ils entrent sous la tente, et des dizaines de dévots, déjà réunis, se préparent à cette fête spirituelle, en adoptant du mieux qu'ils le peuvent l'attitude de leur déesse, afin de préparer leur esprit à recevoir le beuglement divin: tous sont à quatre pattes, nus; ils se lèchent le cul entre eux, ou chient, ou les deux; d'autres broutent un peu d'herbe; certains, comme nos deux amis, restent habillés: mais ceux-là beuglent tout de même un bon coup, et ne sont pas moins fanatiques que les autres: la majorité cependant ou bien chie, ou bien lèche un cul voisin, ou les deux, comme nous l'avons mentionné.

Varda : "Qu'est-ce que cette cérémonie de mongols?"
M. Kouymol : "Taisez-vous, Varda! Voici le Grand Brouteur, représentant de la Vache Blanche sur cette Terre."

Un preacher portant un veston rappelant ceux de Ding et Dong s'amène en effet sur la scène, qui est au beau milieu du chapiteau. Écoutons un peu ce qu'il a à dire: peut-être connaîtrons-nous mieux cette foutue religion...

Le Grand Brouteur: "Oh! Mes très chers veaux... Comme j'ai pitié de vous!"

Une rumeur d'inquiétude se fait entendre dans l'assistance.

Le Grand Brouteur: "Oui, mes frères, la Grande Vache m'est apparue en songe, cette nuit... ET ELLE M'A PARLÉ! Elle m'a dit: "Grand Brouteur, pourquoi mon peuple vit-il encore dans le secret? Pourquoi est-il contraint à ce si petit royaume? Mon pâturage ne devrait-il pas s'étendre sur la planète entière?""

Il s'arrête un moment, et reprend, avec un trémolo dans la voix: "Et elle a ajouté: "Mon peuple a-t-il perdu la foi? Dois-je l'abandonner?""

Alors tous les fidèles s'écrient, s'affolent, car ils craignent d'être abandonnés.

Le Grand Brouteur: "Oh! Mes amis, j'ai supplié, j'ai prié notre déesse bien-aimée de nous épargner; je lui ai dit: "NOOOON! Ne les quittez pas! Ils seront plus généreux, désormais! Leurs abondantes donations nous permettront de nous armer et de pouvoir attaquer les États voisins en toute quiétude, et d'agrandir votre pâturage! Meuuuuuh!"

Les centaines de Lèpastoriziens présents, électrisés par ce discours, mettent avec grande confiance et avec grande joie leurs économies dans de grands contenants que l'on passe dans l'assemblée, ces contenants étant de fait des crânes de vaches vidés, stérilisés et laqués. Pendant que tous se vident les poches pour remplir ces crânes, le maître spirituel poursuit, avec violence:

"La Vache Blanche, matrice de la terre et du ciel, a aussi enfanté le Grand Bovin; elle lui avait enjoint de s'en tenir aux plaisirs de la chair, et de ne jamais regarder vers le ciel; désobéissant, le Grand Bovin a regardé la terrible voûte céleste, et brava la volonté de sa mère. En goûtant de la sorte le fruit défendu, il nous a tous condamnés: car depuis ce temps, nous payons sa faute, car nous avons maintenant une âme, qui est la source de toutes nos erreurs, et nous fait parfois commettre de terribles fautes, telle l'abstinence..."

À ce mot terrible, l'assistance frissonne d'effroi.

Le Grand Brouteur: "Mais ne vous affolez pas; la Vache Blanche est clémente; aussi va-t-elle favoriser toutes nos entreprises, et la première étant l'annihilation de la Rhabie! À mort le Grand Bovin!!"

Tous les fidèles, à cet appel, lancent un immense cri de joie. Toutefois le Grand Brouteur les arrête tous dans leur enthousiasme: "Il faut d'abord, car notre déesse l'exige, le sacrifice d'un membre viril..."

(Note explicative: Cette religion ayant une déesse comme idole, vous comprendrez que ses adeptes en sont venu à former, par la suite, une société aux valeurs matriarcales: les femmes ont le pouvoir; les hommes sont le sexe faible. Aussi ajouterions-nous que certains hommes d'Admérie, quelque peu blasés des plaisirs simples qu'ils éprouvent avec leur femme, fantasment souvent ce coin de pays... Bref, ici on ne sacrifie pas aux autels de jeunes femmes vierges, mais plutôt l'orgueil des hommes ayant atteint leur maturité...)

Le Grand Brouteur désigne Kouymol, et l'oblige à s'avancer; il s'exécute. On lui demande de se déshabiller; il s'exécute toujours, quoiqu'un peu nerveux. Mais quand il enlève son slip, tous -sauf lui et Varda- sont stupéfaits: il n'y a pas de vit, de membre viril, de quéquette, de queue, etc. à couper; pas davantage de signe de la présence de ce que les Lèpastoriziens appellent le sexe "fort" (voir la note). Le Grand Brouteur s'écrie:

"Il est là! Celui que la Prophétie annonçait: le vierge Mhârÿ!! L'infécondable infécondeur! N'ayez plus peur, mes veaux: vous pouvez maintenant garder fièrement la tête basse, et les yeux pleins de confiance vers le sol, vers le pâturage éternel de la Vache Blanche!"

Après avoir cérémonieusement revêtu Kouymol de son veston bovinement tacheté, le Grand Brouteur donne son dernier commandement:

"Il faut attaquer la Rhabie dans les plus brefs délais. À mort le Grand Bovin! Vive la Vache Blanche!"

"Vive la Vache Blanche!", clame-t-on d'un seul chœur. "À mort le Grand Bovin!"

Oh non! Combien de troubles verra-t-on encore bouilloner dans la turbulente marmite rhabio-lèpastorizienne? Le Grand Brouteur est-il cinglé, ou parle-t-il vraiment dans ses rêves à une Grande Vache divine? Qu'est-ce que l'avenir réserve à Varda, à M. Kouymol... à Zaouf El Maouf et aux rhabiens? C'est ce que nous saurons dans environ trois semaines!

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