
Épisode 10 - La petite voix
La semaine dernière: Dans le bureau de Zaouf El Maouf, certaines choses se sont passées; on ne sait guère quoi, étant donné le peu de détails. Qu'arrive-t-il donc à la pauvre Varda, et que fait donc le Baron du Pétrole? Nous le saurons peut-être un jour, mais transportons-nous pour l'instant en Admérie, à l'Hôpital du Coeur Rapiécé...
L'Hôpital du Coeur Rapiécé pullule de gens affairés, tous vêtus de blanc, certains de sexe masculin, d'autres de sexe féminin, certains grands, d'autres petits, certains poilus, d'autres non. Une multitude, un rassemblement, une foule, bref, un grand nombre de patients et d'impatients sont assis, couchés, debouts, et dans d'autres positions qu'il est assez difficile, et surtout inutile de décrire pour les besoins de ce récit.
Monsieur Bumblesmith et Jon sont introuvables. Où sont-ils?
"Ils sont partis!", répond une voix provenant d'on ne sait où. "Ils sont partis, et vous le savez, monsieur l'auteur, alors pourquoi perdez-vous encore votre temps à décrire ce foutu hôpital?" D'accord, j'acquiesce, cela est vrai.
Transportons-nous donc dans le 58ième étage de l'immeuble à étages, dans le bureau de Monsieur Bumblesmith, là où il se trouve, effectivement, en compagnie de son assistant.
M. Bumblesmith: "Et alors, cette nouvelle main artificielle?"
Jon: "Excellente! Je peux m'accouder élégamment comme par le passé."
M. Bumblesmith: "Superbe! Une main artificielle, en plastique, est très utile! Vous pourrez la plier dans des positions de contorsionniste qu'aucune main humaine ne peut même songer à prendre! Vous pourrez vous gratter plus efficacement! Vous pourrez l'enlever pour la mettre dans votre lave-vaisselle, pour un entretien facile! Vous pourrez la lancer au loin! Un coup de marteau sur le pouce de cette main ne vous fera aucune douleur! Et imaginez seulement les sensations nouvelles que vous procurera cette main lorsque vous la porterez vers votre..."
Jon: "Je vous demande pardon?"
M. Bumblesmith: "Euh!!! Désolé, je divaguais..."
Jon: "Ah, d'accord. Mais, j'y pense, qu'arrive-t-il à Mademoisel--"
"Toc, toc, toc!"
Deux hommes en salopettes blanches et rouges sont à la porte: "Monsieur Bumblesmith, voici la porte en acajou véritable que vous avez commandé!"
M. Bumblesmith: "Ah, enfin! Cela fait déjà sept épiso... euh, sept, euh... sept périodes de temps indéfinies que j'attends ladite porte! Installez-la ici, dans le cadre de porte vide; ça ira."
Jon: "Monsieur?"
M. Bumblesmith: "Oui, jeune homme?"
Jon: "Je disais que..."
M. Bumblesmith: "Que disiez-vous?"
Jon: "Je me demandais ce qui arrivait, pendant ce temps, à Mademoiselle votre secrétaire..."
Pour le savoir, transportons-nous en Rhabie, dans le bureau de Zaouf El Maouf...
"Hé ho! Monsieur l'auteur!", lance à nouveau la voix mystérieuse. "Vous ne vous rappellez donc pas ce que vous aviez écrit la semaine dernière, bougre d'idiot?"
Le bureau de Zaouf El Maouf, en effet, est vide.
"Alors, qu'est-ce qui arrive à Varda? Oh, attendez, je sais... vous ne le savez pas encore, alors vous utilisez un stratagème complètement débile avec une sorte de voix de l'au-delà qui vous traite de con, juste pour sauver du temps et remettre les mésaventures de Varda au prochain épisode... je me trompe?"
Tu la fermes, oui ou mer... euh, transportons-nous à nouveau en Admérie, là où se trouvent toujours Monsieur Bumblesmith et son assistant; nous ne pourrions pas dire, "Jon et son patron", parce que cela changerait la hiérarchie évidente qui place d'emblée le jeune Jon au second plan par rapport à Monsieur Bumblesmith, qui est plus important, plus âgé, plus riche, plus respectable, bref, beaucoup plus important. Jon a beau avoir une nouvelle main en plastique, cela ne fait pas de lui un meilleur homme d'affaires.
M. Bumblesmith: "Ah oui, Varda! J'allais l'oublier, celle-là!"
Jon: "Et puis, alors? Que croyez-vous qu'il lui soit arrivé?"
M. Bumblesmith: "Qu'en sais-je! Peut-être cet horrifiant Baron du Pétrole a-t-il déjà fait de notre pauvre Varda de l'engrais pour nourrir les nombreux bovidés qui ruminent dans les pâturages de Rhabie!"
Jon: "Mais Monsieur El Maouf disait que vous lui deviez quelque chose... Qu'est-ce donc?"
M. Bumblesmith: "Ah, c'est une question d'affaires entre lui et moi."
Jon: "Des affaires? Quelles affaires?"
M. Bumblesmith: "Des affaires, tout simplement. Vous n'êtes qu'un assistant, vous ne sauriez comprendre, jeune homme."
Jon: "Dites quand même! J'ai soif d'apprendre!"
M. Bumblesmith: "Hmmm... alors je vous le dirai; mais ne venez pas vous plaindre si vous ne comprenez pas..."
Jon: "Je ne suis peut-être pas toute main, mais je suis toute oreille."
M. Bumblesmith: "Très bien. Alors, voici: c'est que--"
"Voilà, Monsieur Bumblesmith, la porte en acajou véritable est installée! Voici la facture." Ce sont, évidemment, les deux salopettards de mes deux, qui viennent interrompre, pour la seconde fois, les dialogues que j'essaie tant bien que mal de rédiger.
"Fichtre, monsieur l'auteur, vous écrivez n'importe quoi! Ça n'a aucun sens! Où s'en va donc cette histoire - si seulement il s'agit bien d'une histoire!?"
Comme c'est l'auteur qui décide, la petite voix de l'au-delà ferme sa grande gueule pour ne plus jamais la rouvrir.
Transportons-nous donc, tranquillement, vers le prochain épisode...
Jon pourra-t-il enfin obtenir des réponses de Monsieur Bumblesmith? Où est Varda? Quelqu'un se préoccupe-t-il vraiment du fait que la porte en acajou ait été remplacée? Quelqu'un songe-t-il à nourrir Hortense le piranha, ou l'animal mourra-t-il de faim sans qu'on ne le mentionne? Comment les personnages de ce roman-feuilleton ont-ils passé à travers dix épisodes sans même ressentir le besoin pourtant tout naturel d'aller aux toilettes?
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