L'Onzième


Qu'est-ce que l'Onzième jour de Septembre signifie pour un homme qui vit à distance de toute idée de nation, séparé du reste de l'Amérique du Nord par des frontières géographique, idéologique, identitaire et langagière?

Cette date signifie que, si je ne suis pas directement touché par ces événements, je ne peux m'empêcher de les considérer dans toute leur étendue et leur portée, et de tenter d'en dégager un sens(après tout, d'une certaine manière, c'est mon métier et ma passion que de tenter de comprendre le monde).

Même si je me sens personnellement très éloigné de toute cette tragédie, je suis infiniment triste pour tous ces gens, qui étaient dans les tours lorsque des avions les ont percuté. Méritaient-ils cette mort? Non. Mais qui mérite de mourir? Qui a raison? Qui a tort? Qui a tort de croire qu'il a raison?

Ceux qui tuent des innocents ont tort. Ceux qui poussent les dogmes religieux au-delà des limites de la raison, pour justifier ces attaques, ont tort. Ceux qui lancent aveuglément des bombes sur ces pays lointains au nom de la vengance ont tort. Ceux qui croient que la guerre est la seule issue possible ont tort.

Seuls ceux qui pleurent en comptant les morts ont raison.

Oui, quelque chose doit être fait.

Pour les gens de New-York, c'est l'heure de pleurer une dernière fois sur les ruines de béton concassé que sont les restes de leurs tours jumelles. Pleurer sur les os des victimes innocentes, sur la mémoire chimérique des jours heureux d'autrefois.

Il leur reste ensuite à reconstruire.

Quant à nous, continuons à regarder ces événements sans coller sur qui que ce soit d'irrationnelles étiquettes de "bons" et de "méchants". Conspuons ceux qui se battent, applaudissons ceux qui reconstruisent, et espérons que le pire n'arrivera pas.

Mais peut-on espérer que le pire n'arrivera pas? Avec un président australopithèque qui tient constamment son doigt paranoïaque tout près du bouton rouge, et un barbu débile qui croit fermement qu'il fait plaisir à son dieu en détruisant des immeubles à étages, permettez-moi d'avoir légèrement peur!